lundi 19 juin 2017

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La balade électrique d'Emily Archer


Auteur : Jof Brigandet
Editions : Editions du Caïman


Selon les critères du FBI, Sam Scott est un tueur « unlisted », aux motivations multiples et aux modes opératoires imprévisibles. Alors que professionnellement tout va de mieux en mieux et qu'il vient d'obtenir une grosse somme d'argent, un homme et sa fille, les Archer, vont imprudemment lui souffler l'appartement qu'il convoitait. Sam décide de les tuer.
Emily Archer est gravement handicapée et clouée dans un fauteuil. Sam Scott, que révulse ce genre de personne, décide alors de faire durer le plaisir avec cette proie facile et sans défense.
Habituellement méticuleux et organisé, il va cependant être imprudent et à deux doigts de se faire tuer. Scott réalise que le gibier n'est peut-être pas celui qu'il pensait et que pour la première fois, il vient de s'engager dans un combat pour sa propre vie.
Paru le 8 décembre 2016

Mon avis :
Quelle jolie surprise que ce petit polar très court, lu le temps d'un battement de cil !
En général, je reste quasiment toujours frustrée en fin de lecture sur les textes de ce format là, mais celui-ci est particulièrement bien maîtrise et surtout totalement abouti !
Un petit bijou de polar subtil, intelligent et remarquablement bien construit ! 

Sam Scott, un tueur sans état d’âme, un type cynique pour qui faucher une vie est une activité courante, facile .... les gens qui l'agacent, qui se trouvent sur son chemin.....et dès les premières pages, le lecteur est le témoin de ses pensées les plus intimes, les plus perturbantes ....
Avec une rentrée d'argent inespérée, il décide d'acquérir l'appartement à côté du sien pour agrandir son espace de vie et commence à envisager les plans.... seulement tout tombe à l'eau lorsqu'il se rend compte que cet appartement libre depuis des années est subitement occupé juste au moment où il pouvait mettre la main dessus....

Le récit est brillamment construit, on sent la colère qui monte petit à petit en lui avec ce bruit singulier qui vient le narguer quasi quotidiennement, exacerbant ses ressentiments .... un huis clos avec ses voisins invisibles, une atmosphère qui se tend  à l'extrême.... un parfait scénario hitchcockien !

Et lorsque enfin il finit par rencontrer ces fauteurs de troubles qu'il va éliminer à coup sûr, il a la surprise de découvrir un père charmant et sa fille handicapée profonde sur son fauteuil roulant. Avec cynisme, il se délecte de la facilité avec laquelle il va se débarrasser de ces intrus.... Il va malmener sans aucune pitié ce "légume" qui est venu déranger tous ses plans, c'est cruel et terrifiant... puis c'est le coup de théâtre.... inattendu, génial !

Trois parties bien distinctes, pleines de surprises et surtout qui doucement va amener le personnage principal vers une évolution totalement inattendue.... bon sang que j'ai aimé ce contre-pied, c'est subtil, remarquablement amené, maîtrisé de bout en bout ! Il s'agit certes d'un polar, mais pas que.... c'est bien plus dense que ça...

A tout cela s'ajoutent une narration infaillible avec des petits aller retours astucieux entre passé et présent, des personnages secondaires insolites et attachants comme John le pote routier travesti , ou le père d'Emily plein de délicatesse et de savoir vivre... .... du suspens et des retournements de situation qui changent les perspectives, tout est parfaitement dosé!

Une formidable lecture, un polar brillant, abouti, surprenant, j'ai tout simplement adoré ! 

Ma notation : 4,8/5






Âmes captives - tome 1 : Les messagers



Auteur : G.H. David
Editions : Dreamcatcher



En 1870, Athénaïs, romancière et femme de lettres, vit près de Sedan avec son mari le député Adolphe de Pierrepont et son jeune fils Nicolas. Passionnée par le mouvement spirite dont le courant venu d'Angleterre agite les esprits, elle jure à l'homme qui partage sa vie un amour... éternel. De nos jours, Sacha Grasset, jeune antiquaire, vit dans l'est de la France avec sa mère et sa s?ur, exerçant en secret un pouvoir particulier. Une existence que sa rencontre avec Aurélien Lefèvre, député européen franco-belge, pourrait bien bouleverser à jamais. Deux destins féminins apparemment sans rapport, qu'une mystérieuse croix d'argent va lier. Inexorablement.
A paraître le 19 juin 2017


Mon avis :

Voilà une lecture bien singulière qui m'a frappée par son originalité.

Sacha est une jeune femme dotée de pouvoirs remarquables, elle est une messagère c'est à dire qu'elle peut communiquer avec les morts et ce par l'intermédiaire de bijoux. Vivant au sein d'une famille exclusivement féminine, elle ne mesure et ne maîtrise pas encore totalement ses pouvoirs. Sa sœur, sa mère et sa tante sont elles aussi des messagères mais chacune avec ses singularités.... Il y a tout un univers complexe que j'ai beaucoup aimé autour de ces dons si insolites, une sorte de mythologie pleine de surprises, de dangers et d'attrait.

Sacha tisse des liens très particuliers avec une certaine Athénaïs lors de ses "voyages" dans le temps. J'ai particulièrement aimé les passages où elle se retrouve "auprès" de cette femme forte et passionnée, féministe et infiniment amoureuse de son mari le politicien Adolphe de Pierrepont... Celle-ci va la hanter jusque dans son présent... cette relation si étrange va petit à petit prendre une grande importance  et générer foison de questions à la fois pour Sacha et pour le lecteur.

Lors d'une vente aux enchères, Sacha rencontre l'énigmatique Aurélien au charme dévastateur qui la trouble profondément... C'est un personnage fait d'ombre et de lumière, sibyllin, déroutant...  Cette rencontre va déboucher sur des révélations étonnantes...
Peu à peu, Sacha découvre l'étendue de ses pouvoirs, ceux de cette tante Julie qu'on peine à déchiffrer, des secrets de famille explosifs... Toutes ces révélations vont bouleverser son existence !

J'ai été prise par cette histoire pleine de charme subtil et de suspense où les surprises se succèdent, distillant un intérêt sans cesse renouvelé et servie par une plume sensible, très travaillée.

J'aurais, pour ma part, aimé un peu plus de retours vers Athénaïs, parce que j'ai particulièrement aimé ces passages là. J'ai une envie folle de comprendre tout ce qui s'est passé dans la vie mouvementée de cette dernière, comprendre le but du lien si particulier qui s'est établi en traversant les époques entre ces deux femmes....on arrive à la fin de ce tome avec une foule de questions non résolues et une curiosité exacerbée !

Vivement le tome 2 !

Un grand merci aux éditions Dreamcatcher pour ce service presse qui fut une belle découverte 

Ma notation : 4/5

jeudi 15 juin 2017

L'oiseau du bon dieu



Auteur : James McBride
Editions : Gallmeister



En 1856, Henry Shackleford, douze ans, traîne avec insouciance sa condition de jeune esclave noir lorsque le légendaire abolitionniste John Brown débarque en ville avec sa bande de renégats. Henry se retrouve libéré malgré lui et embarqué à la suite de ce chef illuminé qui le prend pour une fille. Affublé d’une robe et d’un bonnet, le jeune garçon sera brinquebalé des forêts où campent les révoltés aux salons des philanthropes en passant par les bordels de l’Ouest, traversant quelques- unes des heures les plus marquantes du XIXe siècle américain. 
Cette épopée romanesque inventive et désopilante a été récompensée par le prestigieux National Book Award, le plus prestigieux des prix littéraires américains.
Paru le 20 août 2015 et le 4 mai 2017 en version poche

Mon avis :
Quelle découverte ! Quel fabuleux moment de lecture ! J'ai adoré chaque page de ce bouquin....
Je ne l'ai pas lu d'une traite parce que c'est tout de même un pavé mais quasiment...

C'est une histoire racontée par Henri Shackleford , dit Henrietta, dit la petite échalote, jeune esclave noir, sa propre histoire qui débute le jour où il va croiser la route de l'emblématique John Brown. Cette rencontre déterminante va changer totalement le cours de sa vie.

Libéré sans le vouloir, il se retrouve, déguisé en fille, à la traîne d'une armée dépenaillée menée par un vieux fou, la tête pleine d'utopie. Je n'avais jamais entendu parler de ce John Brown et le portrait qui en est fait est saisissant... personnage charismatique, totalement halluciné, empreint tantôt de grandeur, tantôt de ridicule, qui cite sa propre interprétation de la Bible à tout va et trucide tous ceux qui se mettent sur son chemin sans état d'âme. A la fois protecteur, aimant, loyal mais aussi outrancier, violent, obsédé par son objectif, c'est un homme complexe et fascinant.

Toute cette troupe va sillonner un pays désorganisé où la mort rode, où les tensions se cristallisent entre esclavagistes et abolitionnistes.
Page après page se déroule tout un pan d'histoire décryptée par les yeux sarcastiques d'un jeune noir futé. C'est un roman historique, d'aventure, plein d'action, de fureur, de sang, de folie et d'abnégation, mais c'est aussi d'un humour décapant (Le passage de l'échalote qui va donner son surnom au jeune héros est un must !) et parfois d'une vraie irrévérence !

On rit, on tremble, on est captivé par ces péripéties hors normes et on s'attache à la galerie de personnages tous plus troublants les uns que les autres : Fred le fils simple d'esprit, Owen très pragmatique, Bob, Pie, Sibonia,   etc....les lâches comme les héroïques.... tous sont marquants.

Mais la force du récit c'est avant tout la narration brillante, c'est vivant, piquant, drôle, saisissant. Que j'ai aimé ce style ciselé, à la fois si familier et tellement travaillé, avec sa foison d'expressions colorées, imagées, un style que j'ai savouré tout du long comme une véritable friandise rare et subtile.

Et que dire de la fin si ce n'est que la dernière page, superbe, vient tout magnifier, vient grandir le dérisoire et délivrer un message profond et poétique. Du grand art !

Un récit vivant, des personnages saisissants, un style particulièrement savoureux, un roman parfaitement maîtrisé qui m'a emportée dès les premières pages et m'a chamboulée sur la fin. Une lecture mémorable !

Un grand merci aux éditions Gallmeister et à Babelio pour cette formidable découverte !

Ma notation : 4,9/5


vendredi 9 juin 2017

Iroquois



Auteur : Patrick Prugne
Editions : Daniel Maghen



En 1608, Québec n'est qu'un nom griffonné sur une vague carte d 'Amérique du Nord, une grande bâtisse fortifiée construite sur les rives du Saint Laurent où une quarantaine d'âmes s'apprêtent à passer leur premier hiver. La France d'Henri IV se soucie peu de ces arpents de neiges habités par une poignée de sauvages. Plus préoccupée par les richesses que lui procurent la pêche à la baleine et la traite des fourrures, elle n'envisage nullement l'installation d'une colonie. Samuel de Champlain, fondateur de Québec, n'aura alors de cesse de défendre "son" Canada. Il saura imposer un climat de paix et de confiance entre nations amérindiennes (Hurons, Alguonquins, Montagnais) et Français. De ces relations naîtra un commerce florissant. Peaux de castors et de loutres s'échangent à bas prix contre marmites, haches, clou et autres divers objets en fer. Ce juteux commerce ne dure qu'un temps… Les raids meurtriers incessants que mènent les Iroquois dans la vallée du Saint Laurent contre les convois de pelleterie hurons ou algonquins exaspèrent très vite la petite communauté française. Soucieux de consolider l'alliance faite avec ses alliés amérindiens, Champlain prend le sentier de la guerre à leurs côtés et part pour l'Iroquoisie. C'est dans ce contexte que se situe l'histoire qui suit. Le long de la Rivière des Iroquois, sur le lac Champlain, un mois de juillet 1609 en Nouvelle France.
Paru le 25 août 2016

Mon avis :
Un superbe album qui raconte un épisode de l'histoire de Québec à ses débuts, épisode que je ne connaissais pas, et lorsque j'ai eu terminé ma lecture, l'envie d'en savoir un peu plus, de poursuivre un peu encore ce voyage à travers le temps m'a taraudée... .

1609, Samuel de Champlain, fondateur de Québec et "lieutenant du vice-roi de la Nouvelle-France," a établi un solide partenariat avec les tribus autochtones, les Hurons et les Alguonquins. Mais ces derniers sont en guerre ouverte contre les Iroquois et les pertes commerciales qui en découlent ne sont pas du goût des colons. Les Français vont donc se joindre à leurs alliés pour combattre ces terribles Agniers, prenant parti dans un conflit local qui aura pour conséquences des relations belliqueuses entre les colons et les Iroquois pendant une longue période .

Patrick Prugne s'empare de cet événement connu sous le nom de "Bataille du Lac Champlain", et nous raconte cette expédition qui s'enfonce au cœur d'un Canada sauvage en suivant le Saint-Laurent. Expédition guerrière mais pas seulement, c'est aussi une exploration de terres alors inconnues et Samuel de Champlain en profite pour prendre des repères et dessiner la carte de ce territoire.

Un scénario tout simple mais efficace servi par un dessin magnifique, des aquarelles dont chaque vignette recèle une foule de détails.
La nature est un des personnages principal de cet album, le dessinateur a peint des paysages grandioses : le fleuve, les forêts peuplées d'une faune diverses,une immensité qui entoure ce petit groupe silencieux.... l'expédition s'étire lentement dans une atmosphère "étouffée", feutrée, pagayant sur l'eau. On croit entendre le clapotis de l'eau qui résonne. Il n'y a pas d'action débridée mais l'on sent la tension omniprésente et les hommes sur le qui-vive tout le long des pages. Le danger est bien réel et certains perdront la vie.... et puis il y a ce lien touchant entre un frère et une sœur qui enrichit le récit comme un fil rouge en parallèle.

J'ai aimé chaque planche de cet album, pour ses superbes couleurs dont l'alternance de tons froids et chauds donne des lumières changeantes, pour ses atmosphères , le trait maîtrisé... c'est vraiment  un superbe travail d'illustrateur.
Pour finir, j'ai aussi été conquise par le contraste saisissant entre les cultures, les croyances indiennes sont évoquées (les corneilles, les sépultures...), et le carnet en fin d'album est un vrai plus qui témoigne de la recherche et du travail de l'auteur, un document plein de détails annotés passionnants .

Un magnifique album de bout en bout !

Ma notation : 4,6/5

mardi 6 juin 2017

Snjór

Auteur : Ragnar Jónasson
Editions : Editions de La Martinière



Siglufjördur, ville perdue au nord de l'Islande, où il neige sans discontinuer et où il ne se passe jamais rien. Ari Thór, qui vient de terminer l'école de police à Reykjavik, y est envoyé pour sa première affectation. Mais voilà qu'un vieil écrivain fait une chute mortelle dans un théâtre et que le corps d'une femme est retrouvé, à moitié nu, dans la neige. Pour résoudre l'enquête, Ari Thór devra démêler les mensonges et les secrets de cette petite communauté à l'apparence si tranquille.
Paru le 12 mai 2016





Mon avis :

Un polar efficace qui m'a surtout marquée par son atmosphère terriblement oppressante et par son personnage principal, jeune flic plein d'illusions et animé d'une grande envie de réussite.

Ari Thór, nouveau promu de l'école de police, attend avec impatience un poste pour pouvoir mettre en oeuvre ses compétences acquises. Il vit en couple avec Kristin, une jeune femme d'apparence froide qui ne sait pas extérioriser ses sentiments.
Lorsqu'on lui propose un poste à Siglufjördur, pour lui c'est une aubaine qu'il accepte sans même en référer à sa compagne... S'en suit une véritable crise au sein de son couple, l'incompréhension de Kristin dresse une distance entre eux. Elle n'est absolument pas prête à le suivre et c'est donc seul qu'il va venir s'installer dans cette petite ville nichée au fin fond de l'Islande...

Son couple bat de l'aile et il est tenaillé par une profonde solitude surtout que dans ce nouvel environnement, il est l'étranger au sein d'une petite communauté où tout le monde se connait et surtout où le temps s'étire à l'infini....
J'ai beaucoup aimé ce personnage dont on connait les états d'âme, les tâtonnements, les questions et les émotions...
Outre cette solitude qui lui colle à la peau, il est très vite envahi par un sentiment d'oppression du au manque de lumière, à cette neige qui tombe sans discontinuer et qui étouffe tout, à l'enfermement dans le fjord.... L'atmosphère est terriblement bien décrite, on le sent chercher son souffle tout au long des pages, c'est écrasant !

Un premier mort, une quasi agression et Ari s’attelle à la tâche, il va tirer sur un fil qui peu à peu va détricoter tous les faux semblants et révéler la face cachée des habitants ce village.
J'ai beaucoup aimé tous ces personnages aux allures de petites gens tranquilles et qui tous cachent un côté plus sombre. Il y a une jolie galerie de portraits : Anna Tomas.... etc...

Une enquête classique sans côté horrifique, bain de sang et démonstration de perversité... une enquête efficace qui m'a baladée jusqu'à la dernière partie où tout prend sens. Et j'ai trouvé la fin particulièrement réussie, bien loin du politiquement correct...mais très réaliste qui touche du doigt l'humanité des policiers.


Une atmosphère lourde, oppressante, un personnage dense, pertinent, loyal et pétri d'interrogations, une enquête efficace, tous les ingrédients sont réunis pour un premier tome très réussi,

Ma notation : 4/5

lundi 5 juin 2017

Marginal


Auteur : Marie Sexton
Editions : Mxm Bookmark


1986. Ce qui aurait dû être le meilleur été de la vie de Nate Bradford prend une tournure bien aigre lorsque ses parents décident soudainement de divorcer. Aujourd’hui, au lieu de passer sa dernière année de lycée dans sa ville natale, Austin, au Texas, il vit avec son père à Warren, dans le Wyoming. Population : 2 833 (et Nate trouvait cette estimation bien généreuse). Pas de piscine, pas d’équipe de tennis, pas de centre commercial – pas même MTV à la télé. L’école tout entière est plus petite que son ancienne classe, et dans une ville où les passe-temps préférés des ados sont le sexe et la drogue, Nate ne se sent pas à sa place.
Puis, il rencontre Cody Lawrence. Fauché, issu d’une famille brisée, et clairement du mauvais côté de la barrière. Le père de Nate dit que Cody n’apporte que des problèmes ; les autres gamins disent que c’est un vaurien. Mais Nate sait que Cody est un bon garçon qui n’a jamais été. En fait, il commence même à se demander si sentiments pour Cody ne vont pas au-delà d’une simple amitié.
Admettre qu’il pourrait être gay est déjà difficile, mais entre les préjugés d’une petite ville et la progression du SIDA qui faisait la une des journaux, il n’y avait pas de place pour deux jeunes hommes tombant amoureux l’un de l’autre dans un endroit comme Warren, Wyoming.
Paru le 8 mars 2017

Mon avis :

Deuxième livre de Marie Sexton que je lis et c'est une fois encore une lecture, à la fois romance et témoignage social qui m'a profondément  touchée.

Lorsque Nate arrive à Warren dans le Wyoming, c'est toute sa vie qui est bouleversée : divorce de ses parents, changement d'école, de copains, abandon de ses activités préférées...
Le premier qu'il rencontre est Cody dont il ne mesure pas de suite la grande misère sociale.  Entre ces deux là, pendant tout l'été, se noue une étrange amitié, faite de connivence mais pleine d'ombres et de non-dits. Progressivement Nate commence à mesurer le fossé entre leurs niveaux de vie, il découvre une réalité qu'il ne soupçonnait pas et va faire preuve d'élégance et de finesse.
Pourtant lorsque reprend l'école, Cody s'efface, au grand dam de Nate, laissant libre cours à toutes les rumeurs et les insultes à son égard. Il est pointé du doigt comme  voyou...

Nate découvre alors la vie dans une petite ville où tout le monde se connait, s'épie, où le temps semble s'arrêter, l'ennui plane, les clans s'opposent...L'atmosphère est étouffante.
Il cherchera à renouer avec un Cody fuyant, meurtri, sans aucune confiance en lui qu'il va devoir apprivoiser.
Peu à peu, ils se retrouvent,  l'amitié reprend ses droits et évolue vers des sentiments plus confus mais il est difficile de découvrir sa sexualité et de s'accepter face aux mentalités étriquées et au rejet des parents...
Pour compliquer le tout, la menace du SIDA plane, sans aucune information fiable sur laquelle s'appuyer, cristalise les peurs et laisse toutes les interprétations possibles...

Outre la très belle histoire d'amour entre ces deux adolescents, pleine d'émotion et de délicatesse, où les sentiments s'expriment pas à pas avec une jolie retenue,  j'ai adoré suivre les relations des deux garçons avec leurs parents. Marie Sexton sait tellement bien imposer les silences qui envahissent l'espace... Comment ne pas être bouleversé par la pudeur entre Cody et sa mère, par les émotion qui le dévastent lorsqu'il comprend ce qu'elle tait... Quelle femme étonnante, formidable ! Comment ne pas ressentir une empathie pour Nate lorsque les non-dits explosent entre son père et lui...  le ton est terriblement juste, tout est bien dosé.

Mais ce que j'aime par dessus tout chez Marie Sexton, c'est cette foi en l'homme que l'on sent dans ses récits, cet optimisme qui resurgit à chaque fois.
Alors oui, il y a des moments sombres, des moments durs avec les familles mais chez elle, l'amour et l'affection est un formidable vecteur d'ouverture d'esprit, une vague qui emporte les préjugés pourtant bien ancrés.... et le tout avec beaucoup de réalisme, une justesse de ton et une absence de pathos que j'aime tout particulièrement.

Une très belle histoire chargée d'émotion, de délicatesse, de pudeur et de passion, parfois touchante, parfois violente mais toujours servie par une plume juste et sensible.

Ma notation : 4,7/5