vendredi 11 août 2017

Mes dernières plus belles lectures...

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Les dernières plus belles, plus marquantes,
plus émouvantes, plus drôles.....

mercredi 9 août 2017

Pierre-Fendre


Auteur : Brice Tarvel
Editions : Les moutons électriques

On n’y entre pas plus qu’on n’en sort. On y naît, on y vit, puis on y meurt. Un monde clos de murailles infranchissables, chapeauté d’un éteignoir de grisaille. Certains ont l’illusion d’un nid somme toute douillet, d’autres ragent d’habiter une prison. Dulvan et son ami Garicorne appartiennent à ces derniers. Sans savoir ce qu’est vraiment le Grand Dehors, ils aspirent à en percer les mystères et rêvent d’une existence tout autre. Mais, pour ce faire, il convient de faire tomber l’enceinte géante, c’est-à-dire se rendre dans la salle-territoire de l’éternel hiver afin d’arracher la Sommeilleuse à ses songes. Comme le racontent les vieux récits, l’énigmatique endormie est-elle cependant bien une déesse dont les errances oniriques ont fait que le château et tout son contenu soient devenus réalité ?
Parce qu’elle ne peut supporter l’idée de perdre son frère, Aurjance quittera son cher royaume du printemps pour se lancer à la poursuite du jeune homme. Quant à Murgoche, la peu recommandable sorcière, elle n’entendra pas se laisser flouer par deux foutriquets.
A paraître le 24 août 2017

Mon avis :
Voilà un livre que j'attendais avec impatience avec son titre séduisant, son résumé accrocheur et une superbe couverture. C'est un très bel objet livre de qualité comme si souvent chez Les moutons électriques, une maison d'édition que j'ai découvert cette année pour mon plus grand bonheur.

Quel univers original ! Je ne suis pas une grande connaisseuse de la Fantasy mais quel plaisir que ce livre là! J'ai adoré ce monde enfermé de toute part entre des murailles infranchissables, 4 salles pour 4 saisons : Viridis le printemps, Chaloir l'été, Feuille-sèche l'automne et Pierre-fendre l'hiver et aucune véritable interaction entre ces quatre sections très différentes...

A Viridis, la vie est plutôt douce et facile mais Dulvan et Garicorne, deux jeunes gars amis et plus encore,  se sentent à l'étroit entre ces horizons bouchés, rêvent de grands espaces et de nouveauté et décident de partir pour dénicher cette Sommeilleuse dont on raconte que les rêves sont le ciment qui a façonné les murailles autour d'eux. La réveiller permettrait peut-être d'effacer le château en même temps que ses rêves et d'enfin apercevoir le Grand-Dehors si mystérieux, attirant et plein de tous les possibles...
Têtes brûlées, les voilà partis en douce à l'aventure sur leurs gonches à travers les salles pour atteindre cette créature légendaire.

Aurjance, la sœur de Dulvan,  ne peut s'empêcher de poursuivre son frère bien-aimé pour l'empêcher de commettre cette folie qui lui parait bien plus dangereuse qu'autre chose. Accompagnée de Farille, l'amie de toujours, elles partent sur ses traces sans traîner....

Quant à Murgoche, la sorcière de Viridis, c'est à son petit confort personnel qu'elle est attachée, il est hors de question qu'elle laisse ces deux écervelés bouleverser l'ordre établi et détruite son petit quotidien. Elle poursuivra elle aussi les jeunes garçons afin de les empêcher à tout prix de parvenir à leurs fin.
Elle se met en route affublée de Clabousse la gamine simplette et de Fauric le forgeron amoureux...

Trois équipées, trois chemins différents empruntés dans ce château qui devient véritable labyrinthe, on explore tous les possibles, les salles-saisons où les dangers sont nombreux : sables empoisonnés, pluie pénétrante et nocive, chaleur étouffante, humidité pourrissante.... etc.... mais aussi les souterrains du château, et le chemin de ronde où les surprises et les dangers les attendent. Les rencontres sont parfois périlleuses et toujours insolites : fouisseurs, taraudeurs, Acélains,.... .

On suit les 3 équipes tour à tour en alternance, viennent s'y ajouter moult personnages haut en couleur : Yulc Long Renard, Le baron de Champdocge, etc.....
Sur leur chemin, il y a des épreuves à surmonter, des pièges à déjouer, des péripéties qui se succèdent sans temps mort.
C'est drôle, surprenant, piquant, l'imagination débridée trouve ses points d'ancrage sur des éléments réels qui résonnent en nous, c'est très judicieux, il y a beaucoup de jolies trouvailles, de l'insolite à foison...

Et puis il y a une plume imagée, truculente, pleine de verve, qui invente, qui détourne, qui joue avec les mots, leur sonorité pour mon plus grand bonheur, une sorte de Rabelais contemporain qui rend la lecture jouissive... C'est intelligent, brillant, maîtrisé. J'ai adoré cette narration pittoresque.

C'est aussi une jolie fable sur la quête de liberté, sur l'envie de maîtriser sa vie et en comprendre le sens.... Mais l'homme peut-il vraiment contrôler son destin ?

Une excellente lecture vraiment, la découverte d'un auteur et d'une plume et l'envie de poursuivre l'exploration de cette maison d'édition à la ligne éditoriale de qualité.

Ma notation : 4,7/5

Le Jarwal


Auteur : Patricia Le Sausse
Editions : Editions du Riez



Basile n’a pas choisi la vie d’exclu qu’il vit à cause du métier de son père, bourreau dans le comté de Provence en cette année 1268. Il n’a pas voulu non plus devenir son apprenti. Quand il découvre qu’il possède le don de ressentir les émotions des gens qui l’entourent, de se les approprier et de les retourner contre ceux qui le méprisent, tout bascule.

Accusé de sorcellerie, poursuivi par un inquisiteur, agressé par des sentiments qui ne lui appartiennent pas, il doit fuir pour retrouver son clan. Tant qu’il n’aura pas réussi à maîtriser cette puissante empathie, il sera menacé.

À moins qu’il ne décide de l’exploiter pour dominer les autres en manipulant leurs émotions...
Paru le 17 mai 2016

Mon avis :
Une histoire qui nous plonge dans le XIII e siècle dans une famille. Gauvain le père est bourreau de son état, un métier qui met les siens à l'abri du besoin mais qui les met aussi au ban de la société...
J'ai trouvé absolument passionnant toute cette thématique autour de cette fonction si décriée, il y a tout un tas de détails qui éclairent le quotidien d'une famille qui ne vit pas tout à fait comme les autres.

Le portrait de Gauvain est saisissant, il incarne la force, la solidité mais Basile lorsqu'il se découvre ce don précieux et encombrant : ressentir les émotions des autres, va percevoir sous cette apparence les failles et les blessures de son père. C'est très émouvant de voir ce jeune homme découvrir vraiment son père...
Basile se voit imposer un apprentissage auquel il ne peut se soustraire... en tant que fils de bourreau tout autre métier lui est désormais fermé. Il est réticent, se rebelle mais son destin est inexorablement tracé.

C'est l'époque de l'Inquisition toute puissante, des exécutions rapides et Patricia Le Sausse nous le rappelle dans un récit plein de cruauté que le don de Basile va  mettre en exergue ....
Lors de son apprentissage, il va "vivre" sa première exécution à la place de la victime..... sentir l'exaltation de la foule enthousiaste devant le sang versé qui se retournera ensuite contre le bourreau qu'elle a encensé....  et tout va déraper... s'en suit moult péripéties.

J'ai beaucoup aimé ce mélange  de réalisme cru et cette pointe de fantastique. C'est très judicieusement dosé et le tout donne un éclairage très intéressant sur l'époque. En outre, le don de Basile permet de rendre le récit sensible et les personnages attachants, Gauvain et lui-même en premier lieu, mais aussi Amaury, Clotaire, Héloïse.....etc..., il y a de bien jolis portraits esquissés.

La narration est servie par un style travaillé et sensible, des détails justes et bien choisis, un vocabulaire adéquate, riche qui assure le dépaysement temporel.

Quelques bémols cependant : j'ai trouvé quelques longueurs parfois, non pas dans les descriptions mais dans le déroulement des scènes qui se prolongent parfois un peu trop à mon goût, et puis surtout j'ai trouvé la fin trop ramassée avec une multitude de révélations, certaines très judicieuses, d'autres qui m'ont paru un peu excessives....

Mais pour finir, malgré mes quelques réserves, j'ai beaucoup aimé ma lecture , le thème singulier, l'éclairage historique passionnant, la pointe de fantastique originale, les personnages denses et humains !

Une mention particulière à la superbe couverture qui a attiré mon attention sur ce livre !

Ma notation : 3,9/5


Séduite



Auteur : Amanda Quick
Editions : J'ai Lu pour Elle 


Lorsque Harriet a exigé que le vicomte St. Justin vienne régler une affaire pressante à Upper Biddleton, elle ne pensait pas voir débarquer un géant balafré qui terrifie tous ceux qui le croisent. Surnommé " la Bête ", il serait, paraît-il, un monstre lubrique soupçonné même d'assassinat ! Par chance, Harriet n'est pas impressionnable, et elle souhaite que Gideon l'aide à arrêter une bande de malfrats qui l'empêchent de se livrer à son activité préférée : la recherche de précieux fossiles. Mais quand tous deux se retrouvent prisonniers dans une grotte, elle réalise son imprudence. Car le charme déroutant de cet homme éveille en elle d'indicibles pulsions..
Paru le 29 avril 2017



Mon avis :
Un très chouette moment de lecture qui me rappelle que dans le genre Romance c'est à l'historique très largement que va ma préférence...

Ce livre ne serait pas aussi savoureux sans son héroïne qui sort des sentiers battus. Quel délicieux personnage ! Harriet est perspicace, passionnée, franche, directe, impulsive, sans aucun préjugés, elle n'a pas froid aux yeux et surtout elle est tellement décalée par rapport à la société polissée qui l'entoure... C'est avec bonheur qu'on la voit mettre régulièrement les pieds dans le plat, réagir à l'encontre de ce qui est attendu... Elle va se faire très rapidement, et sans calcul aucun, fervent défenseur de Gidéon soumis à l'opprobre unanime !

Gidéon, homme ténébreux au visage entaillé, retranché derrière une froideur infranchissable, semble indifférent aux folles rumeurs qui courent sur son compte, au surnom de "La bête". L'immense solitude de cet homme se trouve écornée par la présence de Harriet. Il est très largement agacé par ce caractère trempé mais fasciné par cette petite bonne femme étonnante qui ne finit pas de l'irriter, le bousculer, l'attirer, le séduire....

Entre eux, rien ne se passe de façon classique, pas de fausse pudeur, pas de vierge effarouchée, pas de cour empressée mais une nuit consentie, un mariage quasi obligé... mais les sentiments sont là, discrets, tenaces, s'épanouissant page après pages plus profondément. 

Plein de péripéties jalonnent le récit, parfois loufoques, il y a des malfaiteurs, des contrebandiers, du danger, une enquête, et j'ai adoré le regard toujours inattendu d'Harriet sur les faits, sur les gens, sa façon bien à elle de redéfinir les actes (son immense mansuétude vis à vis du kidnapping...) ou de réagir à une situation donnée (son amour des dents est incomparable...) Elle n'est jamais où on l'attend et m'a fait pouffer de rire à maintes reprises. Harriet, révoltée contre les injustices, avec son audace et son franc parler, va déterrer tous les secrets, toutes les vérités ...

Bref, vous l'aurez compris avec une héroïne originale et attachante, une narration alerte, de l'humour et une pincée de romantisme subtil, j'ai vraiment apprécié ma lecture.

Ma notation : 4,25/5

lundi 7 août 2017

Mille baisers pour un garçon


Auteur : Tillie Cole
Editions : Hachette


Poppy et Rune sont amoureux depuis qu'ils ont cinq ans.Un jour, la grand-mère de Poppy lui offre un bocal de mille cœurs en papier où noter ses meilleurs baisers. Poppy et Rune décident alors de s'embrasser mille fois, et plus encore. Cependant, avant que le bocal soit rempli, la famille de Rune déménage à l'autre bout de la Terre, et, sans explication, Poppy coupe subitement les ponts avec le garçon qu'elle aime plus que tout.C'est seulement à son retour, deux ans plus tard, que Rune apprend la raison du long silence de Poppy : elle a un cancer et ne voulait pas que Rune souffre inutilement en apprenant la nouvelle.Mais Rune, toujours amoureux, s'est juré de rendre Poppy heureuse, même s'il ne leur reste plus que quelques mois à vivre ensemble. Et de lui donner, juste avant sa mort, son millième baiser…
Paru le 26 octobre 2016




Mon avis :
Le roman d'un amour fou, plein de bons sentiments, de tristesse...... un peu trop pour moi certainement.... je suis restée vraiment hermétique à l'émotion prévue.

J'ai passé un bon moment avec ce livre, je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé au point de me forcer à le finir, mais tout m'a paru exagéré, cet amour fou, utopique (l'épilogue pour moi est tellement excessif, improbable...), le pathos qui n'a jamais réussi à m'émouvoir vraiment... tout reste en surface et sans subtilité, trop direct.

Pourtant j'ai trouvé cette idée de bocal et ses 1000 baisers très originale et très jolie, les personnages bien campés, une Poppy pleine d'abnégation et un Rune rebelle enfermé dans sa souffrance, tous deux pieds et poings liés par leur trop grande jeunesse. Cependant j'ai trouvé que le tout manquait un peu de réalisme, c'est un amour fou idéalisé et peu crédible à mes yeux.

Une histoire qui ne m'a pas touchée comme je m'y attendais, une histoire qui s'adresse certainement à des lecteurs bien plus jeunes que moi .

Ma notation : 3/5




Là où tu iras j'irai



Auteur : Marie Vareille
Editions : Fayard/Mazarine



Isabelle a 32 ans, un chihuahua nain prénommé Woody-Allen et une carrière d’actrice comparable à celle du Titanic : prometteuse en théorie, catastrophique en pratique. 
Le jour où elle refuse la demande en mariage de l’homme qu’elle aime, sous prétexte qu’elle ne veut pas d’enfant, elle se retrouve à la rue, avec pour toute fortune vingt-quatre euros sur son compte en banque. Elle est alors forcée d’accepter le seul travail qu’on lui propose : utiliser ses talents de comédienne pour séduire Jan Kozlowski, un jeune veuf sur le point de se remarier. 
La voilà donc partie en Italie, dans la maison de vacances de la richissime et déjantée famille Kozlowski. Seule ombre aux deux semaines de dolce vita qui se profilent : pour exécuter en toute discrétion sa mission « séduction », Isabelle devra jouer le rôle de l’irréprochable nanny anglaise de Nicolas, 8 ans, qui n’a pas prononcé un seul mot depuis la mort de sa mère cinq ans plus tôt. Isabelle est bien loin d’imaginer à quel point cette rencontre improbable avec ce petit garçon blessé par la vie va bouleverser sa vision du monde.
Paru le 15 mars 2017

Mon avis :

Voilà un vrai roman feel good qui m'a fait passer un bon moment de lecture !

Une histoire totalement improbable mais on se laisse facilement porter par la plume pétillante et sensible et par l'humour des situations.
Isabelle, lorsqu'elle accepte le marché de cette insupportable adolescente, joue le rôle de sa vie... actrice ratée,  vie sentimentale au bord du gouffre, elle n'a guère de choix et s'engouffre dans une histoire totalement incertaine et douteuse.

Ce que j'ai particulièrement aimé dans cette histoire c'est qu'on s'écarte vraiment du schéma classique attendu de la jeune femme qui succombe au richissime beau mâle, on s'éloigne des clichés pour un récit un peu plus subtil...

Son séjour au sein d'une famille dévastée va lui permettre de mettre sa propre vie en perspective, de prendre conscience de l'essentiel, de se trouver...
Il y a de très jolies scènes autour du petit Nicolas qui pallie l'absence de sa mère à sa façon, beaucoup d'émotions dans la façon d'aborder le deuil et la souffrance... Avec sa fougue et ses maladresses, Isabelle va bouleverser toute la maisonnée, poser le doigt sur les douleurs, alléger les solitudes.
Chaque personnage évolue, se dévoile, les masques tombent, les manigances sont mises à jour et la famille peu à peu se retrouve tandis que Isabelle, totalement infantile au début du roman, mûrit et prend enfin sa vie en main.

Une mention particulière à Quentin, véritable pilier de sagesse et de patience, un beau personnage solide et attachant !

Une fin rocambolesque complètement folle où des grands-mères slaloment sur des vespas oranges.... ce n'est vraiment pas mon passage préféré mais heureusement l'épilogue comble toutes nos attentes...

Pour moi, ce n'est pas le meilleur Marie Vareille mais c'est un roman qui se lit avec plaisir et qui contient quelques très jolis moments d'émotion.

Ma notation : 3,5/5

jeudi 27 juillet 2017

Chicago Requiem




Auteur : Carine Foulon
Editions : Dreamcatcher


À la fin de l’année 1923, un corps est repêché dans le fleuve Chicago.
Les années qui suivent, chaque mois, à la même date, un homme arpente les allées du cimetière.
Il vient fleurir la tombe de la victime.
Comment celle-ci a-t-elle filé sa corde ?
L’histoire commence deux ans plus tôt, en 1921.
Elle relate les événements qui ont conduit au drame...
Paru le 4 juin 2017





Mon avis :

Quel livre foisonnant ! De l'action, un grand nombre de personnages, des surprises, des sentiments, de la violence, des morts....

Il faut avouer que malgré un prologue intriguant, j'ai eu un peu de mal au début de ma lecture, un peu perdue par la multitude de personnages et tous les liens qui les unissent, Rose, Edward, Clarence, Marjorie, Suzie, William, Meredith, Richard, Eileen... etc....j'ai eu du mal à comprendre qui était le personnage principal, à me situer dans cette grande tribu mais peu à peu je me suis attachée à ces divers couples, je me suis laissée prendre par cette histoire de famille à la fois cruelle et captivante. 

 Année 1920, Chicago, une famille influente, la mafia, Al Capone, les maisons closes.....L'intrigue se met rapidement en place autour du couple de William et Susan, avec un vrai suspense dès le premier mort. Mais ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant c'est que jamais le récit n'avance où on peut l'attendre.... on imagine une enquête, et bien non parce que le coupable est déjà connu... et pourtant l'intérêt est éveillé, porté par de multiples rebondissements, des révélations et un jeu astucieux de va et vient entre le passé et le présent. 

Outre l'aspect tragique du récit, les crimes, la noirceur, la violence et la haine,  il y a de très jolis moments entre les protagonistes, de la connivence, de la tendresse, de l'émotion....cette famille déchirée garde malgré tout une grande réserve d'amour et j'ai beaucoup aimé la place faite aux enfants.

Des petits bémols pour moi, quelques longueurs de temps à autre, et des personnages parfois un peu trop manichéens, surtout Meredith qui incarne le mal absolu, la perversité, la perfidie sans rien pour l'adoucir ou la rendre plus humaine.  J'ai largement préféré William à la psychologie beaucoup plus subtile, qui fait preuve de patience, de loyauté et d'un amour infini pour sa femme et ses enfants, un homme intelligent, capable d'abnégation mais qui porte en lui une part d'ombre et la tentation parfois de franchir la ligne rouge... C'est vraiment un personnage complexe, énigmatique, attachant qu'on suit sans savoir s'il va basculer dans le côté sombre...

Une histoire dense, sombre, pleine de fureur, ancrée dans la grande Histoire, un affrontement familial sordide et des personnages prêts à tout pour assouvir leur vengeance, d'autres capables du plus grand dévouement jusqu'au sacrifice, une narration bien construite.... un très bon moment de lecture avec ce roman très original, flirtant avec tous les genres et ce malgré mes quelques réserves !

Un grand merci aux éditions Dreamcatcher pour ce service presse.

Ma notation : 3,8/5


jeudi 20 juillet 2017

ça a commencé comme ça


Auteur : Angéla Morelli
Editions : Harlequin


Ça a commencé quand Flore a fait brûler sa confiture de groseilles . Ou alors, quand son père l’a appelée à l’aide, coincé entre les branches du vieux pommier. En fait, non, ça a vraiment commencé quand ses amis l’ont inscrite au concours de confitures. Oui, c’est à partir de ce moment-là que la vie de Flore a pris un tournant inattendu. 
Car la jeune mère célibataire presque trentenaire a dû faire face à un obstacle de choix : confectionner une confiture aux figues… sans figues. Et, malgré la mobilisation de tout le village pour la soutenir dans sa quête, impossible de trouver les fameux fruits au beau milieu de cette canicule qui frappe le Sud-Ouest de la France. Impossible ? Non, pas tout à fait. Car il y a bien quelqu’un qui en a, des figues : Corto, le beau jardinier mystérieux que tous les habitants du village considèrent avec méfiance. Et pour cause : il est tatoué et dégage une aura de mystère et de danger. 
Alors, oui, ça a commencé comme ça, avec un concours de confitures, une pénurie de figues et Corto.
Paru le 12 octobre 2016

Mon avis :
Voilà une vraie petite romance feel good, c'est léger, pétillant, parfois drôle, parfois touchant.... J'ai beaucoup aimé, une parfaite lecture d'été !

D'un coté, il y a le portrait de Flora, une jeune femme qui s'oublie, enfermée dans une vie de servitude, qui jongle pour joindre les deux bouts ... Un divorce douloureux, une vie sentimentale au point zéro, une petite fille à élever, un père excentrique et totalement immature à surveiller, une enfance douloureuse : c'est un heroïne particulièrement attachante et même attendrissante avec ses pudeurs, ses maladresses, sa timidité. Elle se laisse rouler par tout le monde, on profite à tour de bras de sa trop grande gentillesse.

De l'autre côté, il y a Corto, énigmatique, mutique, froid.... mais solide, protecteur... qui distille tour à tour le chaud et le froid.
C'est l'archétype du bad boy mais on adore ces clichés-là quand ils sont bien écrits, bien dosés, pleins de charme... Pour moi ça l'a fait haut la main, j'ai fondu carrément pour ce personnage ! 

Il y a les rapprochements, les balbutiements de la relation, tant de petits moments prenants, émouvants parce que la plume d'Angéla Morelli est toujours pleine de petite touches sensibles et nous amène à sourire, à soupirer...
Alors oui, il n'y a pas de vraies surprises, le dénouement est attendu mais c'est super bien écrit, c'est délicat, c'est romantique et c'est un véritable bon moment de lecture !

Pour finir, tout l'univers de la pâtisserie est décliné, gâteaux, biscuits, confiture.... Ce récit est une vraie gourmandise : prévoyez quelques muffins, cookies et viennoiseries si vous ne voulez pas être frustrés ! 

Ma notation : 3,8/5

La justice des fous



Auteur : Marc Gouraud
Editions : Edilivre


Cinq années se sont écoulées depuis l’arrivée de Julie Fronsac au sein de la brigade criminelle de Toulouse. Maintenant maman d’une jolie petite fille, Julie n’en reste pas moins un super flic, dotée d’une capacité de mémoire et d’analyse hors du commun. 
Aussi, quand un paisible village de la campagne toulousaine est la proie d’un tueur aux méthodes ignobles, c’est tout naturellement qu’elle est détachée auprès de la gendarmerie pour leur venir en aide. 
En dépit de l’imposant dispositif de sécurité mis en place, les crimes horribles se multiplient. Le meurtrier, insaisissable, semble agir en toute impunité, tel un spectre. 
La jeune femme ne croit pas aux fantômes, mais la vérité va pourtant l’emmener bien au-delà de ce qu’elle aurait pu imaginer...
Paru le 22 mars 2017

Mon avis :
Quel plaisir de retrouver Julie ! Toujours des lieux familiers : Toulouse, Muret, mais 5 ans ce sont écoulés et la vie de Julie a changé. Elle est désormais à la tête de l'équipe Fronsac qui compte toujours les deux lieutenants Lekemener et Lenoir , l'énigmatique ancien agent spécial au passé trouble et le bon père de famille, brillant informaticien. Tous deux sont fort marqués par la "trahison" du tome 1 et les liens se sont resserrés autour de leur capitaine. 
J'ai beaucoup aimé retrouver ces personnages récurrents qui ancrent la série dans une dimension plus intime, on les connait leur histoire, leur parcours, on a appris à les apprécier et on mesure bien plus la portée de chaque événement sur leur affect.

Une fois de plus, des crimes odieux, sordides, à connotation sexuelle sont commis dans un petit village tranquille. La section de gendarmerie sur place est débordée par cette affaire très inattendue et l'équipe Fronsac arrive en renfort pour prendre en main l'enquête. Clash entre les forces en présence, elles se jaugent, elles se testent, elles se provoquent  mais elles finissent par s'apprivoiser et s'apprécier... Des nouveaux personnages charismatiques et forts sympathiques, surtout l’adjudant Pesquières qui gagne à être connu...

Toujours une investigation très intéressante, j'ai été happée par l'histoire sans jamais être sûre de l'identité du meurtrier.....les morts se multiplient, tortures, vision d'horreur mais avec cependant moins de détails que dans le tome 1 où l'on avait le point de vue des victimes. Le rythme est soutenu, la plume est alerte, j'aime beaucoup cette façon très légère de raconter des histoires sombres...l'intérêt est sans cesse renouvelé jusqu'à un final qui n'en est pas vraiment un ! 

Pour sûr, l'auteur est un sadique qui s'amuse avec ses personnages mais avec ses lecteurs aussi ! 

Quelques bémols toutefois :
Certains aspects du personnage de Julie (que je trouve très attachante par ailleurs) continuent à me gêner. Elle jauge chaque homme rencontré comme un possible étalon à glisser dans son lit... c'est fatiguant vraiment .... et elle se promène, court vêtue, sans culotte et s'offusque si un gars qui ne lui plait pas pose un regard un peu appuyé sur elle mais se réjouit s'il est à son goût.... Sérieux ! Elle est nymphomane et pas toujours très objective....
Je reste un peu mitigée avec la toute  fin de l'enquête, les dernières révélations me laissent un peu dubitatives, trop de liens avec le tome 1 pour moi, c'est un peu tiré par les cheveux, rapide et touffu...

Ceci dit, je reste malgré tout très curieuse du tour que prendra la suite des aventures de Julie, ces révélations peuvent prendre une dimension intéressante si elles sont un peu plus développées et expliquées... et la situation finale nous laisse forcément sur notre faim....
A quand le tome 3 ?

Ma notation : 4/5

lundi 10 juillet 2017

Challenge "Grandes vacances grosses lectures"



          


 Un petit challenge très librement inspiré du Challenge Petit mois, petites lectures que j'avais vu chez Audrey Le souffle des mots et adopté aussitôt....
L’idée est de profiter des grandes vacances (et donc de temps en plus....) pour sortir de sa PAL les pavés qui nous font reculer toute l'année au vue de leur nombre de pages.... et de ces pavés là je ne sais pas vous, mais moi j'en ai un paquet !
Je compte y intégrer aussi les séries complètes qui m'attendent depuis un moment. Alors quand en plus les séries sont composées de pavés..... on est en plein dans le mille ! 

Bien évidemment, il ne s'agit pas de ne lire que ça, mais d'essayer d'en lire quelques-uns pour faire baisser cette PAL de briques !

Voici une petite liste de lectures possibles pour cet été : 

Les pavés (plus de 500 pages):

Les seigneurs de Bohen de Estelle Faye (592 p)
Le secret de Pembrooke Park de Julie Klassen (693 p)
Le Lys pourpre de Sklaerenn Baron (630 p)
De Trèfles et de plumes de J. Arden (543p)
Oraisons de Samantha Bailly (718 p)
Le gang des rêves de Luca Di Fulvio (718 p)
Le maître des illusions de Donna Tartt (790 p)
Silo de Hugh Howey (740 p)
Belle du Seigneur de Albert Cohen (1110 p)
Trois mille chevaux vapeur de Antonin Varenne (690 p)
City on fire de Gath Risk Hallberg (964 p)
Juste une mauvaise action de Elizabeth George (699 p)
Baltimore de David Simon (937 p)
Le nom du vent de Patrick Rothfuss (782 p)


Les séries de pavés !

La passe-miroir de Christelle Dabos (3 tomes de  518 - 550 - 483 p)
La trilogie de Deborah Harkness ( 923 - 832 - 940 p)
La trilogie de Jennifer Donnelly  (1003 - 689 - 818 p)
Six of Crow de Leigh Bardugo (2 tomes de 559 - 650p)
Blood song de Anthony Ryan ( 2 tomes de 1063 - 1174 p) Le tome 3 devrait rejoindre ma PAL d'ici peu...


Les autres séries

Les Chroniques lunaires de Marissa Meyer (5 tomes mi normaux, mi pavés !)
Miss Peregrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs (3 tomes)
Phobos de Victor Dixen (3 tomes) 
Le puits des mémoires de Gabriel Katz (3 tomes)
La voix des oracles de Estelle Faye (3 tomes)
Les Jussi Adler Olsen (7 tomes)
Prince captif de C.S. Pacat (3 tomes) 
Adrien English de Josh Lanyon (5 tomes)
Ty & Zane de A. Roux et M. Urban (6 tomes)


La liste n'est bien sûr pas exhaustive..... je risque d'en rajouter au fur et à mesure de mes lectures si je tombe sur une nouvelle brique ! 

N'hésitez pas à vous joindre à moi et à commenter si le cœur vous en dit...

Rendez-vous fin août pour un petit bilan .... et d'ici là
Bonnes lectures


lundi 26 juin 2017

Gay Amish romance - tome 1 : Rumspringa interdit


Auteur : Keira Andrews
Editions : KA Books



Quand deux jeunes hommes Amish trouvent l'amour, vont-ils risquer de tout perdre ? Dans un monde où le moindre détail - jusqu'à la largeur du bord d'un chapeau - est dicté par Dieu, et toutes les puissantes règles de la communauté, deux hommes osent imaginer une autre voie. À dix-huit ans, Isaac Byler connait peu de choses en dehors de la communauté stricte de Zebulon, au Minnesota, où il n'y a aucun rusmpringa pour aller explorer au delà des frontières de leur monde isolé. Isaac sait qu'il va devoir officiellement rejoindre l'église et prendre femme bientôt, mais il aspire à autre chose - quelque chose qu'il ne peut pas nommer. Une sombre tragédie a laissé le charpentier David Lantz seul pour aider sa mère et ses sœurs, et il ne peut reporter son adhésion à l'église plus longtemps. Mais quand il prend Isaac comme apprenti, leur attirance grandit parmi la sueur et la sciure de bois. David partage ses secrets coupables, et Isaac et lui luttent pour réconcilier leurs désirs scandaleux avec leurs engagements pour la religion, la famille et la communauté. Maintenant qu'ils se sont trouvés, sont-ils prêts à tout perdre ?
Paru le 10 décembre 2015

Mon avis :
Autant l'annoncer de suite, j'ai vraiment beaucoup aimé ce récit dépaysant mettant en scène deux personnages particulièrement attachants !

Avec cette histoire là, on plonge au cœur  d'un monde bien particulier que je ne connaissais pour ainsi dire pas du tout. Déjà, pour moi les Amish suivaient tous les mêmes règles et j'ai découvert avec stupeur qu'il n'en était rien, que les règles pouvaient varier d'une communauté à l'autre.

A Zebulon dans le Minnesota, la communauté est particulièrement isolée, rigide et dure, crée depuis peu, les jeunes qui avaient connu jusqu'alors quelques ouvertures vers le monde se voient refuser dorénavant tout contact avec l'extérieur... le rumspringa qui permet aux jeunes amish d'aller voir l'extérieur pour choisir en toute connaissance de cause de rester dans la religion est désormais interdit...
Quel monde singulier où le temps semble s'être arrêté, on y vit à l'ancienne sans aucune modernité et aucun des conforts qu'a apportés le progrès.... pas d'électricité, de voiture, d'eau chaude, pas de lecture autre que le journal amish ou la bible, pas d'études secondaires.... la liste de tout ce qui est absent serait longue à établir....Les femmes et les hommes suivent des rôles bien précis, s'habillent selon des codes ultra définis...jusqu'à mesurer les centimètres exacts d'un tour de chapeau...

Isaac Byler a 18 ans et vit au sein d'une grande famille croyante et rigide.... peu de marques d'affection et surtout un drame qui a marqué la famille, Aaron le plus grand frère qui s'est enfui pour aller vivre dans l'autre monde, le grand frère désormais banni dont on ne prononce plus le nom, dont on nie jusqu'à l'existence même.... Cette blessure est profonde chez Isaac et il tente de vivre le mieux possible en suivant les dogmes de sa communauté. Mais lorsque le temps arrive de courtiser une jeune fille comme le veut la tradition, il sent un véritable malaise l'envahir... La jeune Marie Lanz ne demande que ça, mais Isaac, à son grand dam, est plutôt attiré par le frère de celle-ci, David, un jeune charpentier qui doit devenir son patron ...

Peu à peu, la promiscuité des journées de travail les rapproche :des regards, des gestes puis des baisers et plus encore... ces deux là cèdent à l’attirance qui les obsède et deviennent amants, la peur d'être découverts chevillée au corps et la culpabilité écrasante...
Il est difficile de se sentir différent dans un monde aussi codifié et strict, comment se défaire de tout ce qu'on nous a inculqué depuis l'enfance et s'écarter des modèles ultra conformistes qui régissent la vie de tous...

J'ai beaucoup beaucoup aimé voir l'émergence des questions sur le sens de ces règles si strictes chez ces jeunes gens, sur la cohérence, sur la liberté, les voir s'écarteler entre une passion irrépressible et des valeurs profondément ancrées chez eux... c'est un bras de fer entre croyances et émotions !
Le danger d'être découvert est quotidien, la conscience cruelle d'être le mal personnifié, d'être un péché... la tension est grande parce qu'il ne semble n'y avoir aucun avenir pour eux.... la honte accablante devant leurs parents et amis...et pourtant le sentiment d'être enfin soi-même..

Un quotidien qui s'égrène entre vie de famille, accidents, prières, moments volés, drames et choix cruciaux.... et quelques ouvertures que David sait organiser pour s'échapper un peu de cette vie austère.

Quelques jolis personnages les entourent, Ephraïm le jeune frère rebelle très attachant, Anna la petite sœur à l’œil acéré qui ne garde jamais sa langue dans la poche... June la voisine bienveillante, Mervin l'ami de toujours...

Une vraie belle histoire qui s'ancre dans une culture très rigoriste, qui exploite parfaitement cet univers particulier et se double d'une réflexion sur la transmission, la liberté, la conscience, la jeunesse, la sexualité, la religion ....

Un bémol toutefois : une traduction très maladroite par moment, des termes parfois peu appropriés, des tournures de phrases quelques fois incorrectes... C'est bien dommage pour une histoire de cette qualité ! Mais si cela m'a fait pester au détour des pages, rien n'a pu vraiment gâcher mon plaisir de lecture.

Ma notation : 4/5

dimanche 25 juin 2017

Perdue et retrouvée



Auteur : Cat Clarke
Editions : Robert Laffont



Essayez d'imaginer: 
Une enfant kidnappée. Une famille déchirée.
Lentement, au fil des ans, cette famille va recoller les morceaux.
Elle reste un peu fragile, bien sûr, mais toujours unie.
Et voilà que l'enfant, devenue adulte, revient à la maison...
C'est là que l'histoire commence. Et si la fin du cauchemar n"était que le début d'un autre ? 
Le nouveau roman bouleversant de Cat Clarke
Paru le 23 avril 2015



Mon avis :

L'histoire terrible  d'une famille frappée par un drame indicible....
Quoi de pire que de perdre un enfant et de ne pas savoir ce qu'il est devenu ?

Faith raconte sa famille dévastée qui n'a pas résisté à l'onde de choc provoquée par cette disparition... les parents séparés, une mère inconsolable dont la vie s'est arrêtée.... le poids des journalistes, des médias... et la reconstruction chancelante de chacun.

Et brutalement Laurel réapparaît dans leur vie, une Laurel qu'ils doivent réapprendre à connaître, qui rassemble à nouveau toute la famille autour d'elle, mais aussi ramène une fois de plus une marée de journalistes, chaines de télé etc.....
C'est à la fois un miracle, un grand bonheur et un bouleversement qu'il faut gérer au mieux. Les sentiments de Faith se bousculent, sa vie se réorganise....

Mais peu à peu, un trouble s'insinue entre elle et cette sœur fantasmée si longtemps, à la fois si familière et si différente, des petits riens anodins qui s'accumulent, une tension qui s'installe. C'est un véritable thriller psychologique dans lequel le lecteur perçoit parfaitement les émotions contradictoires de Faith, où l'attitude ambivalente de Laurel pose un tas de questions qui ne trouveront réponses qu'en fin de roman, une fin pour ma part totalement inattendue et déroutante...un peu irréaliste aussi !

Quelques personnages secondaires gravitent autour de cette famille et je donne une mention particulière pour le formidable Michel, pertinent, empathique, intelligent ...

Une lecture facile, rapide, agréable mais à laquelle il manque un peu de profondeur. J'aurais aimé plus de complexité. Les questions intéressantes sont abordées et traitées de façon un peu superficielle,  c'est un roman qui s'adresse avant tout à des adolescents, il m'a manqué une dimension un peu plus mature pour être complètement emportée.

Ma notation : 3,5/5 

lundi 19 juin 2017

La balade électrique d'Emily Archer


Auteur : Jof Brigandet
Editions : Editions du Caïman


Selon les critères du FBI, Sam Scott est un tueur « unlisted », aux motivations multiples et aux modes opératoires imprévisibles. Alors que professionnellement tout va de mieux en mieux et qu'il vient d'obtenir une grosse somme d'argent, un homme et sa fille, les Archer, vont imprudemment lui souffler l'appartement qu'il convoitait. Sam décide de les tuer.
Emily Archer est gravement handicapée et clouée dans un fauteuil. Sam Scott, que révulse ce genre de personne, décide alors de faire durer le plaisir avec cette proie facile et sans défense.
Habituellement méticuleux et organisé, il va cependant être imprudent et à deux doigts de se faire tuer. Scott réalise que le gibier n'est peut-être pas celui qu'il pensait et que pour la première fois, il vient de s'engager dans un combat pour sa propre vie.
Paru le 8 décembre 2016

Mon avis :
Quelle jolie surprise que ce petit polar très court, lu le temps d'un battement de cil !
En général, je reste quasiment toujours frustrée en fin de lecture sur les textes de ce format là, mais celui-ci est particulièrement bien maîtrise et surtout totalement abouti !
Un petit bijou de polar subtil, intelligent et remarquablement bien construit ! 

Sam Scott, un tueur sans état d’âme, un type cynique pour qui faucher une vie est une activité courante, facile .... les gens qui l'agacent, qui se trouvent sur son chemin.....et dès les premières pages, le lecteur est le témoin de ses pensées les plus intimes, les plus perturbantes ....
Avec une rentrée d'argent inespérée, il décide d'acquérir l'appartement à côté du sien pour agrandir son espace de vie et commence à envisager les plans.... seulement tout tombe à l'eau lorsqu'il se rend compte que cet appartement libre depuis des années est subitement occupé juste au moment où il pouvait mettre la main dessus....

Le récit est brillamment construit, on sent la colère qui monte petit à petit en lui avec ce bruit singulier qui vient le narguer quasi quotidiennement, exacerbant ses ressentiments .... un huis clos avec ses voisins invisibles, une atmosphère qui se tend  à l'extrême.... un parfait scénario hitchcockien !

Et lorsque enfin il finit par rencontrer ces fauteurs de troubles qu'il va éliminer à coup sûr, il a la surprise de découvrir un père charmant et sa fille handicapée profonde sur son fauteuil roulant. Avec cynisme, il se délecte de la facilité avec laquelle il va se débarrasser de ces intrus.... Il va malmener sans aucune pitié ce "légume" qui est venu déranger tous ses plans, c'est cruel et terrifiant... puis c'est le coup de théâtre.... inattendu, génial !

Trois parties bien distinctes, pleines de surprises et surtout qui doucement va amener le personnage principal vers une évolution totalement inattendue.... bon sang que j'ai aimé ce contre-pied, c'est subtil, remarquablement amené, maîtrisé de bout en bout ! Il s'agit certes d'un polar, mais pas que.... c'est bien plus dense que ça...

A tout cela s'ajoutent une narration infaillible avec des petits aller retours astucieux entre passé et présent, des personnages secondaires insolites et attachants comme John le pote routier travesti , ou le père d'Emily plein de délicatesse et de savoir vivre... .... du suspens et des retournements de situation qui changent les perspectives, tout est parfaitement dosé!

Une formidable lecture, un polar brillant, abouti, surprenant, j'ai tout simplement adoré ! 

Ma notation : 4,8/5

Âmes captives - tome 1 : Les messagers



Auteur : G.H. David
Editions : Dreamcatcher



En 1870, Athénaïs, romancière et femme de lettres, vit près de Sedan avec son mari le député Adolphe de Pierrepont et son jeune fils Nicolas. Passionnée par le mouvement spirite dont le courant venu d'Angleterre agite les esprits, elle jure à l'homme qui partage sa vie un amour... éternel. De nos jours, Sacha Grasset, jeune antiquaire, vit dans l'est de la France avec sa mère et sa s?ur, exerçant en secret un pouvoir particulier. Une existence que sa rencontre avec Aurélien Lefèvre, député européen franco-belge, pourrait bien bouleverser à jamais. Deux destins féminins apparemment sans rapport, qu'une mystérieuse croix d'argent va lier. Inexorablement.
A paraître le 19 juin 2017


Mon avis :

Voilà une lecture bien singulière qui m'a frappée par son originalité.

Sacha est une jeune femme dotée de pouvoirs remarquables, elle est une messagère c'est à dire qu'elle peut communiquer avec les morts et ce par l'intermédiaire de bijoux. Vivant au sein d'une famille exclusivement féminine, elle ne mesure et ne maîtrise pas encore totalement ses pouvoirs. Sa sœur, sa mère et sa tante sont elles aussi des messagères mais chacune avec ses singularités.... Il y a tout un univers complexe que j'ai beaucoup aimé autour de ces dons si insolites, une sorte de mythologie pleine de surprises, de dangers et d'attrait.

Sacha tisse des liens très particuliers avec une certaine Athénaïs lors de ses "voyages" dans le temps. J'ai particulièrement aimé les passages où elle se retrouve "auprès" de cette femme forte et passionnée, féministe et infiniment amoureuse de son mari le politicien Adolphe de Pierrepont... Celle-ci va la hanter jusque dans son présent... cette relation si étrange va petit à petit prendre une grande importance  et générer foison de questions à la fois pour Sacha et pour le lecteur.

Lors d'une vente aux enchères, Sacha rencontre l'énigmatique Aurélien au charme dévastateur qui la trouble profondément... C'est un personnage fait d'ombre et de lumière, sibyllin, déroutant...  Cette rencontre va déboucher sur des révélations étonnantes...
Peu à peu, Sacha découvre l'étendue de ses pouvoirs, ceux de cette tante Julie qu'on peine à déchiffrer, des secrets de famille explosifs... Toutes ces révélations vont bouleverser son existence !

J'ai été prise par cette histoire pleine de charme subtil et de suspense où les surprises se succèdent, distillant un intérêt sans cesse renouvelé et servie par une plume sensible, très travaillée.

J'aurais, pour ma part, aimé un peu plus de retours vers Athénaïs, parce que j'ai particulièrement aimé ces passages là. J'ai une envie folle de comprendre tout ce qui s'est passé dans la vie mouvementée de cette dernière, comprendre le but du lien si particulier qui s'est établi en traversant les époques entre ces deux femmes....on arrive à la fin de ce tome avec une foule de questions non résolues et une curiosité exacerbée !

Vivement le tome 2 !

Un grand merci aux éditions Dreamcatcher pour ce service presse qui fut une belle découverte 

Ma notation : 4/5

jeudi 15 juin 2017

L'oiseau du bon dieu



Auteur : James McBride
Editions : Gallmeister



En 1856, Henry Shackleford, douze ans, traîne avec insouciance sa condition de jeune esclave noir lorsque le légendaire abolitionniste John Brown débarque en ville avec sa bande de renégats. Henry se retrouve libéré malgré lui et embarqué à la suite de ce chef illuminé qui le prend pour une fille. Affublé d’une robe et d’un bonnet, le jeune garçon sera brinquebalé des forêts où campent les révoltés aux salons des philanthropes en passant par les bordels de l’Ouest, traversant quelques- unes des heures les plus marquantes du XIXe siècle américain. 
Cette épopée romanesque inventive et désopilante a été récompensée par le prestigieux National Book Award, le plus prestigieux des prix littéraires américains.
Paru le 20 août 2015 et le 4 mai 2017 en version poche

Mon avis :
Quelle découverte ! Quel fabuleux moment de lecture ! J'ai adoré chaque page de ce bouquin....
Je ne l'ai pas lu d'une traite parce que c'est tout de même un pavé mais quasiment...

C'est une histoire racontée par Henri Shackleford , dit Henrietta, dit la petite échalote, jeune esclave noir, sa propre histoire qui débute le jour où il va croiser la route de l'emblématique John Brown. Cette rencontre déterminante va changer totalement le cours de sa vie.

Libéré sans le vouloir, il se retrouve, déguisé en fille, à la traîne d'une armée dépenaillée menée par un vieux fou, la tête pleine d'utopie. Je n'avais jamais entendu parler de ce John Brown et le portrait qui en est fait est saisissant... personnage charismatique, totalement halluciné, empreint tantôt de grandeur, tantôt de ridicule, qui cite sa propre interprétation de la Bible à tout va et trucide tous ceux qui se mettent sur son chemin sans état d'âme. A la fois protecteur, aimant, loyal mais aussi outrancier, violent, obsédé par son objectif, c'est un homme complexe et fascinant.

Toute cette troupe va sillonner un pays désorganisé où la mort rode, où les tensions se cristallisent entre esclavagistes et abolitionnistes.
Page après page se déroule tout un pan d'histoire décryptée par les yeux sarcastiques d'un jeune noir futé. C'est un roman historique, d'aventure, plein d'action, de fureur, de sang, de folie et d'abnégation, mais c'est aussi d'un humour décapant (Le passage de l'échalote qui va donner son surnom au jeune héros est un must !) et parfois d'une vraie irrévérence !

On rit, on tremble, on est captivé par ces péripéties hors normes et on s'attache à la galerie de personnages tous plus troublants les uns que les autres : Fred le fils simple d'esprit, Owen très pragmatique, Bob, Pie, Sibonia,   etc....les lâches comme les héroïques.... tous sont marquants.

Mais la force du récit c'est avant tout la narration brillante, c'est vivant, piquant, drôle, saisissant. Que j'ai aimé ce style ciselé, à la fois si familier et tellement travaillé, avec sa foison d'expressions colorées, imagées, un style que j'ai savouré tout du long comme une véritable friandise rare et subtile.

Et que dire de la fin si ce n'est que la dernière page, superbe, vient tout magnifier, vient grandir le dérisoire et délivrer un message profond et poétique. Du grand art !

Un récit vivant, des personnages saisissants, un style particulièrement savoureux, un roman parfaitement maîtrisé qui m'a emportée dès les premières pages et m'a chamboulée sur la fin. Une lecture mémorable !

Un grand merci aux éditions Gallmeister et à Babelio pour cette formidable découverte !

Ma notation : 4,9/5


vendredi 9 juin 2017

Iroquois



Auteur : Patrick Prugne
Editions : Daniel Maghen



En 1608, Québec n'est qu'un nom griffonné sur une vague carte d 'Amérique du Nord, une grande bâtisse fortifiée construite sur les rives du Saint Laurent où une quarantaine d'âmes s'apprêtent à passer leur premier hiver. La France d'Henri IV se soucie peu de ces arpents de neiges habités par une poignée de sauvages. Plus préoccupée par les richesses que lui procurent la pêche à la baleine et la traite des fourrures, elle n'envisage nullement l'installation d'une colonie. Samuel de Champlain, fondateur de Québec, n'aura alors de cesse de défendre "son" Canada. Il saura imposer un climat de paix et de confiance entre nations amérindiennes (Hurons, Alguonquins, Montagnais) et Français. De ces relations naîtra un commerce florissant. Peaux de castors et de loutres s'échangent à bas prix contre marmites, haches, clou et autres divers objets en fer. Ce juteux commerce ne dure qu'un temps… Les raids meurtriers incessants que mènent les Iroquois dans la vallée du Saint Laurent contre les convois de pelleterie hurons ou algonquins exaspèrent très vite la petite communauté française. Soucieux de consolider l'alliance faite avec ses alliés amérindiens, Champlain prend le sentier de la guerre à leurs côtés et part pour l'Iroquoisie. C'est dans ce contexte que se situe l'histoire qui suit. Le long de la Rivière des Iroquois, sur le lac Champlain, un mois de juillet 1609 en Nouvelle France.
Paru le 25 août 2016

Mon avis :
Un superbe album qui raconte un épisode de l'histoire de Québec à ses débuts, épisode que je ne connaissais pas, et lorsque j'ai eu terminé ma lecture, l'envie d'en savoir un peu plus, de poursuivre un peu encore ce voyage à travers le temps m'a taraudée... .

1609, Samuel de Champlain, fondateur de Québec et "lieutenant du vice-roi de la Nouvelle-France," a établi un solide partenariat avec les tribus autochtones, les Hurons et les Alguonquins. Mais ces derniers sont en guerre ouverte contre les Iroquois et les pertes commerciales qui en découlent ne sont pas du goût des colons. Les Français vont donc se joindre à leurs alliés pour combattre ces terribles Agniers, prenant parti dans un conflit local qui aura pour conséquences des relations belliqueuses entre les colons et les Iroquois pendant une longue période .

Patrick Prugne s'empare de cet événement connu sous le nom de "Bataille du Lac Champlain", et nous raconte cette expédition qui s'enfonce au cœur d'un Canada sauvage en suivant le Saint-Laurent. Expédition guerrière mais pas seulement, c'est aussi une exploration de terres alors inconnues et Samuel de Champlain en profite pour prendre des repères et dessiner la carte de ce territoire.

Un scénario tout simple mais efficace servi par un dessin magnifique, des aquarelles dont chaque vignette recèle une foule de détails.
La nature est un des personnages principal de cet album, le dessinateur a peint des paysages grandioses : le fleuve, les forêts peuplées d'une faune diverses,une immensité qui entoure ce petit groupe silencieux.... l'expédition s'étire lentement dans une atmosphère "étouffée", feutrée, pagayant sur l'eau. On croit entendre le clapotis de l'eau qui résonne. Il n'y a pas d'action débridée mais l'on sent la tension omniprésente et les hommes sur le qui-vive tout le long des pages. Le danger est bien réel et certains perdront la vie.... et puis il y a ce lien touchant entre un frère et une sœur qui enrichit le récit comme un fil rouge en parallèle.

J'ai aimé chaque planche de cet album, pour ses superbes couleurs dont l'alternance de tons froids et chauds donne des lumières changeantes, pour ses atmosphères , le trait maîtrisé... c'est vraiment  un superbe travail d'illustrateur.
Pour finir, j'ai aussi été conquise par le contraste saisissant entre les cultures, les croyances indiennes sont évoquées (les corneilles, les sépultures...), et le carnet en fin d'album est un vrai plus qui témoigne de la recherche et du travail de l'auteur, un document plein de détails annotés passionnants .

Un magnifique album de bout en bout !

Ma notation : 4,6/5

mardi 6 juin 2017

Snjór

Auteur : Ragnar Jónasson
Editions : Editions de La Martinière



Siglufjördur, ville perdue au nord de l'Islande, où il neige sans discontinuer et où il ne se passe jamais rien. Ari Thór, qui vient de terminer l'école de police à Reykjavik, y est envoyé pour sa première affectation. Mais voilà qu'un vieil écrivain fait une chute mortelle dans un théâtre et que le corps d'une femme est retrouvé, à moitié nu, dans la neige. Pour résoudre l'enquête, Ari Thór devra démêler les mensonges et les secrets de cette petite communauté à l'apparence si tranquille.
Paru le 12 mai 2016





Mon avis :

Un polar efficace qui m'a surtout marquée par son atmosphère terriblement oppressante et par son personnage principal, jeune flic plein d'illusions et animé d'une grande envie de réussite.

Ari Thór, nouveau promu de l'école de police, attend avec impatience un poste pour pouvoir mettre en oeuvre ses compétences acquises. Il vit en couple avec Kristin, une jeune femme d'apparence froide qui ne sait pas extérioriser ses sentiments.
Lorsqu'on lui propose un poste à Siglufjördur, pour lui c'est une aubaine qu'il accepte sans même en référer à sa compagne... S'en suit une véritable crise au sein de son couple, l'incompréhension de Kristin dresse une distance entre eux. Elle n'est absolument pas prête à le suivre et c'est donc seul qu'il va venir s'installer dans cette petite ville nichée au fin fond de l'Islande...

Son couple bat de l'aile et il est tenaillé par une profonde solitude surtout que dans ce nouvel environnement, il est l'étranger au sein d'une petite communauté où tout le monde se connait et surtout où le temps s'étire à l'infini....
J'ai beaucoup aimé ce personnage dont on connait les états d'âme, les tâtonnements, les questions et les émotions...
Outre cette solitude qui lui colle à la peau, il est très vite envahi par un sentiment d'oppression du au manque de lumière, à cette neige qui tombe sans discontinuer et qui étouffe tout, à l'enfermement dans le fjord.... L'atmosphère est terriblement bien décrite, on le sent chercher son souffle tout au long des pages, c'est écrasant !

Un premier mort, une quasi agression et Ari s’attelle à la tâche, il va tirer sur un fil qui peu à peu va détricoter tous les faux semblants et révéler la face cachée des habitants ce village.
J'ai beaucoup aimé tous ces personnages aux allures de petites gens tranquilles et qui tous cachent un côté plus sombre. Il y a une jolie galerie de portraits : Anna Tomas.... etc...

Une enquête classique sans côté horrifique, bain de sang et démonstration de perversité... une enquête efficace qui m'a baladée jusqu'à la dernière partie où tout prend sens. Et j'ai trouvé la fin particulièrement réussie, bien loin du politiquement correct...mais très réaliste qui touche du doigt l'humanité des policiers.


Une atmosphère lourde, oppressante, un personnage dense, pertinent, loyal et pétri d'interrogations, une enquête efficace, tous les ingrédients sont réunis pour un premier tome très réussi,

Ma notation : 4/5

lundi 5 juin 2017

Marginal


Auteur : Marie Sexton
Editions : Mxm Bookmark


1986. Ce qui aurait dû être le meilleur été de la vie de Nate Bradford prend une tournure bien aigre lorsque ses parents décident soudainement de divorcer. Aujourd’hui, au lieu de passer sa dernière année de lycée dans sa ville natale, Austin, au Texas, il vit avec son père à Warren, dans le Wyoming. Population : 2 833 (et Nate trouvait cette estimation bien généreuse). Pas de piscine, pas d’équipe de tennis, pas de centre commercial – pas même MTV à la télé. L’école tout entière est plus petite que son ancienne classe, et dans une ville où les passe-temps préférés des ados sont le sexe et la drogue, Nate ne se sent pas à sa place.
Puis, il rencontre Cody Lawrence. Fauché, issu d’une famille brisée, et clairement du mauvais côté de la barrière. Le père de Nate dit que Cody n’apporte que des problèmes ; les autres gamins disent que c’est un vaurien. Mais Nate sait que Cody est un bon garçon qui n’a jamais été. En fait, il commence même à se demander si sentiments pour Cody ne vont pas au-delà d’une simple amitié.
Admettre qu’il pourrait être gay est déjà difficile, mais entre les préjugés d’une petite ville et la progression du SIDA qui faisait la une des journaux, il n’y avait pas de place pour deux jeunes hommes tombant amoureux l’un de l’autre dans un endroit comme Warren, Wyoming.
Paru le 8 mars 2017

Mon avis :

Deuxième livre de Marie Sexton que je lis et c'est une fois encore une lecture, à la fois romance et témoignage social qui m'a profondément  touchée.

Lorsque Nate arrive à Warren dans le Wyoming, c'est toute sa vie qui est bouleversée : divorce de ses parents, changement d'école, de copains, abandon de ses activités préférées...
Le premier qu'il rencontre est Cody dont il ne mesure pas de suite la grande misère sociale.  Entre ces deux là, pendant tout l'été, se noue une étrange amitié, faite de connivence mais pleine d'ombres et de non-dits. Progressivement Nate commence à mesurer le fossé entre leurs niveaux de vie, il découvre une réalité qu'il ne soupçonnait pas et va faire preuve d'élégance et de finesse.
Pourtant lorsque reprend l'école, Cody s'efface, au grand dam de Nate, laissant libre cours à toutes les rumeurs et les insultes à son égard. Il est pointé du doigt comme  voyou...

Nate découvre alors la vie dans une petite ville où tout le monde se connait, s'épie, où le temps semble s'arrêter, l'ennui plane, les clans s'opposent...L'atmosphère est étouffante.
Il cherchera à renouer avec un Cody fuyant, meurtri, sans aucune confiance en lui qu'il va devoir apprivoiser.
Peu à peu, ils se retrouvent,  l'amitié reprend ses droits et évolue vers des sentiments plus confus mais il est difficile de découvrir sa sexualité et de s'accepter face aux mentalités étriquées et au rejet des parents...
Pour compliquer le tout, la menace du SIDA plane, sans aucune information fiable sur laquelle s'appuyer, cristalise les peurs et laisse toutes les interprétations possibles...

Outre la très belle histoire d'amour entre ces deux adolescents, pleine d'émotion et de délicatesse, où les sentiments s'expriment pas à pas avec une jolie retenue,  j'ai adoré suivre les relations des deux garçons avec leurs parents. Marie Sexton sait tellement bien imposer les silences qui envahissent l'espace... Comment ne pas être bouleversé par la pudeur entre Cody et sa mère, par les émotion qui le dévastent lorsqu'il comprend ce qu'elle tait... Quelle femme étonnante, formidable ! Comment ne pas ressentir une empathie pour Nate lorsque les non-dits explosent entre son père et lui...  le ton est terriblement juste, tout est bien dosé.

Mais ce que j'aime par dessus tout chez Marie Sexton, c'est cette foi en l'homme que l'on sent dans ses récits, cet optimisme qui resurgit à chaque fois.
Alors oui, il y a des moments sombres, des moments durs avec les familles mais chez elle, l'amour et l'affection est un formidable vecteur d'ouverture d'esprit, une vague qui emporte les préjugés pourtant bien ancrés.... et le tout avec beaucoup de réalisme, une justesse de ton et une absence de pathos que j'aime tout particulièrement.

Une très belle histoire chargée d'émotion, de délicatesse, de pudeur et de passion, parfois touchante, parfois violente mais toujours servie par une plume juste et sensible.

Ma notation : 4,7/5


lundi 8 mai 2017

La faucheuse


Auteur : Neal Shusterman
Editions : Robert Laffont


Les commandements du Faucheur :
Tu tueras.
Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation.
Tu accorderas une année d'immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue.
Tu tueras la famille de ceux qui t'ont résisté.

" MidAmérique, milieu du 3e millénaire. Dans un monde où la maladie a été éradiquée, on ne peut plus guère mourir qu'en étant tué aléatoirement (" glané ") par un faucheur professionnel. Citra et Rowan sont deux adolescents qui ont été sélectionnés pour devenir apprentis-Faucheurs ; et, bien qu'ils aient cette vocation en horreur, ils vont devoir apprendre l'art de tuer et comprendre en quoi cette mission est bel et bien une nécessité.
Mais seul l'un des deux adolescents sera choisi comme apprenti à part entière, et lorsqu'il devient clair que la première tâche du vainqueur sera de glaner la vie du perdant, Citra et Rowan se retrouvent dressés l'un contre l'autre bien malgré eux... "
Paru le 16 février 2017

Mon avis :

Une couverture qui accroche l’œil, un résumé alléchant, il ne m'en a pas fallu plus pour que je veuille lire ce livre et je ne le regrette en rien, c'est une bonne surprise, un très bon cru de la littérature jeunesse.

J'ai vraiment beaucoup aimé tout l'univers créé par l'auteur, ce futur où le gouvernement a été remplacé par le Thunder omniscient,  où les maladies, la souffrance et la mort ont été vaincues, on a même trouvé un remède à la vieillesse...
Mais cette "immortalité" présente  des inconvénients... et en premier lieu la surpopulation, pour y remédier, des faucheurs sont nécessaires, une nouvelle catégorie d'hommes et de femmes, à la fois craints et respectés, dont le rôle est de glaner la vie des gens afin de garder un équilibre démographique sur terre.. Ils représentent une caste à part, seuls maîtres de leurs choix,  ne sont pas soumis aux lois et restent hors de portée du Thunder....

Lorsque Citra et Rowan, tous deux jeunes adolescents se retrouvent bien contre leur gré apprentis de Maître Faraday, un faucheur fascinant, ils vont découvrir l'envers du décor...
Peu à peu ils vont prendre conscience des difficultés qui découlent de cette charge : choisir sa victime, comment, quand, pourquoi, .... tout un tas de questions délicates qui sont extrêmement difficiles à résoudre sans un solide sens éthique.
Ce que découvrent ensuite les deux jeunes apprentis c'est que ce monde particulier qu'ils ne connaissaient que de loin, est scindé en deux : il y a ceux qui comme leur maître répondent à des principes éthiques, qui  et il y a les autres, tous ceux qui se sont affranchis de tous les codes moraux établis pour se repaître de la mort et en faire un plaisir, un moment de sadisme extrême .... il y a dénaturation de la charge....
Très vite, ces derniers vont attaquer Maître Faraday qui représente la vieille garde des valeurs originelles en édictant de nouvelles règles de jeu qui vont dresser irrémédiablement ses jeunes apprentis l'un contre l'autre...

L'apprentissage est éprouvant, il faut se préparer physiquement, moralement, connaître toutes les façons de prendre les vies.... J'ai beaucoup aimé toute cette facette de l'histoire, découvrir les préceptes du maître, sa profonde humanité et son indéfectible attachement à un travail bien fait.
Mais de nombreux rebondissements viennent entraver le cours des choses, des morts, des trahisons..., Citra et Rowan seront confrontés à des difficultés différentes, leurs parcours vont se scinder, le  suspens enfle page après page .... qui va réussir, qui va devenir faucheur puisqu'il n'y en aura qu'un... (bon en même temps le titre laisse présager très largement de l'issue...et le suspens est plutôt dans le déroulement du récit, les choix de chacun), comment vont-ils gérer toutes les épreuves qui les attendent....

J'ai eu une vraie préférence pour Rowan, un personnage attachant, plein d'émotions et de délicatesse, face à une Citra plus opportuniste.. Tous deux se rapprochent, se serrent les coudes mais ne peuvent envisager l'avenir sereinement... Il y a de la cruauté à s’apprécier et ne pouvoir être qu'adversaires et même plus...
D'autres faucheurs les entourent, aux caractères très distincts, chacun avec ses particularités, il y a un panel de personnages très bien dessinés, détestables, admirables et parfois plus complexes.

La fin est pleine de surprises, intelligente et présage d'une suite tout aussi passionnante.

Outre l'histoire captivante, j'ai trouvé très intéressant de voir des questions un peu plus profondes être abordées , certes pas de façon poussée, cela reste un livre jeunesse, mais elles sont présentes et rendent l'histoire plus dense., Lorsque la vie s'étend à l'infini devant soi, quid des désirs, des passions etc....comment vivre avec intensité sans être blasé.... une belle réflexion sur des sujets graves, la vie, la mort, l'éthique, l'empathie, la confiance.... les choix de vie... 
J'ai vraiment apprécié les petits extraits des journaux intimes qui parsèment le récit, des pensées diverses de faucheurs qui  éclairent parfois d'un jour nouveau des faits, des règles, des menaces... et nourrissent la réflexion.

Une très bonne surprise vraiment et une excellente lecture !
Vivement le tome 2 !

Ma notation : 4,5/5

vendredi 28 avril 2017

Bienvenue à Rattlesnake



Auteur : Kim Fielding
Editions : Mxm Bookmark


Vagabond depuis son adolescence, Jimmy Dorsett n’a ni foyer ni espoir. Ce qu’il possède par contre, c’est un sac, tout un tas d’anecdotes, et un vieux tacot. Mais par une froide nuit dans le désert, il prend un auto-stoppeur et en garde un nouveau souvenir : la lettre d’un mourant pour le fils qu’il n’a pas revu depuis des années.
Dans sa quête pour livrer la lettre, Jimmy se retrouve à Rattlesnake, une petite bourgade dans les contreforts de la Sierra californienne. La pièce maîtresse de la ville est l’Auberge Rattlesnake, où le barman est un beau cow-boy réformé du nom de Shane Little. Des étincelles fusent entre eux et quand la poubelle mobile de Jimmy rend l’âme, Shane lui offre une place d’homme à tout faire à l’auberge.
Mais le bonheur n’est pas éternel. L’appel de la route est toujours présent, et Shane, cet homme fort et fier au passé douloureux et au présent difficile, mérite bien mieux qu’un menteur incapable de rester au même endroit bien longtemps.
Paru le 18 novembre 2016


Mon avis :

Un très joli roman sur l'errance, les attaches, la solitude.. 

Le héros, Jimmy, est un SDF qui vit de petits boulots et qui passe son temps à voyager à travers le pays. Il n'a aucune attache, ne veut pas se laisser prendre ni par un lieu, ni par un être ... rien n'a de vraie importance ni de vrai poids pour lui puisque le lendemain il sera parti.... Une fuite en avant constante, un choix de vie assumé.
Lorsqu'au gré de ses pérégrinations il prend à bord de son auto délabrée le vieux Tom, sa vie va être bouleversée. Il va écouter cet homme, le comprendre et lorsque celui-ci va mourir dans sa voiture, il se trouve dépositaire d'une lettre qui va sceller son destin... Sa haute empathie et sa loyauté l'empêchent de se débarrasser de cette missive encombrante, il va vouloir aller au bout des choses et la porter lui-même à son destinataire.
Le voilà arrivé à Rattlesnake où il ne va que passer rapidement, mais il rencontre Shane et celui-ci fait preuve d'un accueil chaleureux, lui propose un havre de paix pour son escale, un boulot le temps que sa voiture soit retapée et plus encore....
Peu à peu, la probité, la politesse, le travail régulier et sérieux de Jimmy lui amènent l'estime de tous les habitants. C'est à la fois grisant et terrifiant pour lui mais "demain il sera loin" se dit-il pour se rassurer, se protéger tel un refrain lancinant qui rythme chaque page .... et le lendemain subvient une nouvelle raison de retarder le départ...

C'est un récit à la fois beau, simple, direct, touchant, sans aucun pathos exagéré même lorsqu'on apprend des secrets effarants enfouis au plus profond de l'enfance, secrets délivrés en deux mots, presque de façon anodine entre deux paragraphes... j'ai adoré cette pudeur et cette façon délicate de traiter sans surenchère tapageuse de sujets graves..
Shane est lui aussi un personnage attachant, un passé difficile lui a laissé un handicap avec lequel il réapprend à vivre normalement malgré les difficultés. Le thème est très joliment abordé, décrivant cette volonté farouche de rester un être entier, maître de ses émotions et ses décisions, entouré par une famille surprotectrice mais qui le laisse malgré tout s'épanouir et mener sa vie à sa guise.

C'est une jolie rencontre où les choses se font tout en douceur, au rythme d'une escale qui se prolonge subrepticement, où les liens et les sentiments se tissent inexorablement dans un respect de l'autre très touchant, amenant Jimmy a se faire violence et à surmonter ses peurs pour enfin affronter la vie et accepter ses émotions... Je me suis beaucoup attachée à lui, c'est un héros qui s'il est un peu cabossé, a réussi à préserver des vraies valeurs et des qualités magnifiques malgré sa vie éprouvante.

J'ai beaucoup apprécié l'âge des protagonistes, cela leur a donné une densité, une profondeur liée au vécu,  il y a une maturité dans les réactions, les propos, les décisions que j'ai beaucoup aimée.
Un style tout en délicatesse et une fin qui si elle était attendue est très joliment amenée, c'est une bien belle surprise que ce roman que j'ai savouré de bout en bout ! 

ma notation : 4,5/5