dimanche 26 février 2017

Une vie entre deux océans


Auteur : M.L Stedman
Editions : Stock et Le livre de poche 


Libéré de l’horreur des tranchées où il a combattu, Tom Sherbourne, de retour en Australie, devient gardien de phare sur l’île de Janus, une île sur les Lights, sauvage et reculée. À l’abri du tumulte du monde, il coule des jours heureux avec sa femme Isabel ; un bonheur peu à peu contrarié par l’impossibilité d’avoir un enfant.
Jusqu’à ce jour d’avril où un dinghy vient s’abîmer sur le rivage, abritant à son bord le cadavre d’un homme et un bébé sain et sauf. Isabel demande à Tom d’ignorer le règlement, de ne pas signaler « l’incident » et de garder avec eux l’enfant. Une décision aux conséquences dévastatrices…
Un premier roman plébiscité dans le monde entier qui interroge les liens du cœur et du sang.
Paru le 9 octobre 2013 chez Stock
        le 1 octobre 2014 chez le livre de poche


Mon avis :

J'ai eu un immense coup de cœur pour ce livre puissant.... Rarement un livre m'aura autant bringuebalé le cœur entre ses pages...

Le livre commence par l'arrivée sur une plage d'une barque avec à son bord le cadavre d'un homme et un nouveau-né.
Puis on revient en arrière pour nous raconter l'histoire de Tom, le gardien du phare qui découvre cette barque. On nous raconte son enfance difficile, sa rencontre avec Izza.

Tom est un personnage exceptionnel, droit, rescapé de l'enfer de la guerre. Il aime noter tous les jours dans un recueil le moindre des événements de sa journée. Cela l'aide à s'ancrer dans la réalité à se sentir vivre et à maintenir sa vie droite.
Homme solitaire, quasiment mutique, secret, empli de douleurs et de silence. Il est animé d'un sens du devoir exacerbé du à une éducation extrêmement stricte.

Izza quant à elle, est une jeune fille passionnée, entière qui va lui tendre la main et le choisir, lui qui ne s'autorise même pas de rêver.Cette jeune femme est son miracle personnel, il est tout brisé, éteint et elle est vibrante, passionnée, rêve d'une vie pleine d'enfants...Tom se réveille la nuit pour contempler cette magnifique femme, cadeau de la vie.
Elle sera à la fois sa planche de salut et celle qui va le perdre.

Parfois, quand il se réveille à côté d'Isabel, il lui arrive d'être surpris, et soulagé, qu'elle ne soit pas morte. Il guette avec soin sa respiration, juste pour être sûr. Puis, il pose la main sur le dos de sa femme et fait siens la douceur de sa peau, les légers mouvements de son corps endormi. C'est le plus grand miracle auquel il lui ait été donné d'assister.
Il y a un cadre très particulier à cette histoire, une île battue par les vents où ils vivent totalement coupés du monde, en vase clos avec ce phare, lumière dans la nuit, symbole du sauvetage dans la tempête.

Tous les deux, installés sur leur île, vivent des premiers temps idylliques puis le destin va les rattraper et la douleur arrive, la vraie, celle qui ravage les âmes. Izza va souffrir dans sa chair de femmes et tous ses espoirs vont être anéantis. Tom sera à ses côtés jours après jours, acceptant le sort comme inéluctable, ayant connu déjà le pire.

Izza va le pousser à prendre des décisions lourdes de conséquences. Repoussant sa conscience, il va accéder à ses désirs, il l'aime tant et il veut tellement la rendre heureuse....
Tant que la famille reste sur son île à l'abri du monde, c'est le bonheur, Izza le savoure.
Mais le monde extérieur les rattrape et tout va exploser
La culpabilité va tout ronger. 

J'ai eu beaucoup d'empathie aussi pour Izzy, en tant que femme et mère, on ne peut pas rester indifférente à ce qu'elle vit, c'est impossible. En lisant les lignes les plus dures, j'ai eu l'impression de ressentir ses souffrances. On comprend ses décisions bien sûr... Je n'ai pas eu l'envie de la condamner, et ce à aucun moment...

Mais Tom.... quel homme exceptionnel, il est capable de s'oublier lui-même par amour pour elle... son amour est infini !
Il oublie son devoir, sa conscience, il est prêt à se sacrifier pour elle. J'ai tellement aimé son personnage, sa droiture, son honnêteté, sa profonde humanité, et ses doutes qui le déchirent....

Parallèlement, il y a Hannah et Franz, et aussi Bill et Violette dont les douleurs sont muettes.
Ce sont des morceaux de vie, d'amours et de douleurs déchirantes.
Des personnages secondaires attachants, Blue, Ralph....

Alors assurément, ce n'est pas une romance, mais c'est l'histoire d'un amour fou, total, absolu, tant de désespoirs et de passions, de renoncement, de sacrifices....c'est l'histoire d'un homme magnifique rongé de culpabilité dont je suis tombée éperdument amoureuse...


Ma notation : 4,9/5

lundi 20 février 2017

Si seulement... la vie s'apprenait dans les romans d'amour


Auteur : Kristan Higgins
Editions : HarperCollins




Si seulement... brosse le portrait parallèle de deux sœurs, à un tournant de leur existence. L’une, célibataire désabusée après une rupture, quitte New York pour retourner dans la ville de son enfance. L’autre, qui croyait vivre un mariage parfait, découvre qu’il est construit sur un mensonge.
Un portrait juste et sincère, plein d’un humour parfois acerbe et de désillusions désamorcées par le rire : car la vie, la vraie, ne s’apprend pas dans les romans d’amour...
Paru le 5 octobre 2016





Mon avis :

Lorsqu'un Kristan Higgins sort, c'est fête à la maison, je me précipite toujours dessus parce que c'est promesse de lecture rythmée d'éclats de rire, de sourires, de soupirs.... c'est promesse de légèreté et plaisir... c'est l'assurance de retrouver l'héroïne dans des situations rocambolesques !

Mais cette fois-ci, je n'ai absolument pas retrouvé cette légèreté et cet humour dans le propos.
Attention j'ai beaucoup aimé ma lecture, j'y ai retrouvé la légèreté de la plume, cette façon de raconter des histoires avec beaucoup de délicatesse, mais j'ai été beaucoup plus émue qu'amusée ...

On suit deux sœurs en alternance, un chapitre sur deux, chacune raconte à la première personne son histoire difficile.
Jenny sort d'un divorce douloureux mais elle a gardé des contacts étroits avec son ex-époux et sa nouvelle femme parfaite qu'elle adorerait détester....  elle compose constamment pour paraître détachée mais souffre d'une solitude terrible. Elle revient dans la petite ville de son enfance : nouveau logement, nouvelle boutique...
Rachel vit la vie d'une femme d'intérieur accomplie auprès d'un mari qu'elle vénère et trois craquantes petites filles (des triplées !) qui ne lui laissent que peu de temps pour elle.

Toutes deux restent très proches et font front face à une mère envahissante et terriblement négative, d'un égoïsme forcené.

Lorsque Rachel voit son bonheur exploser littéralement, Jenny rencontre son nouveau gérant Léo, un homme déstabilisant, drôle et touchant, et son chien (évidemment ! ) et c'est une jolie histoire l'air de rien qui se joue entre ces deux là, une histoire qui avance à tout petits pas... les échanges sont savoureux mais restent toujours sous-tendus de tristesse.... les blessures de chacun sont là tapies en eux et les brident dans leurs relations aux autres...

La psychologie des personnages est une fois de plus très fouillée, il y a foison d'émotions qui sont décrites avec un grand réalisme, et si j'ai aimé suivre Jenny et son long cheminement pour accepter de ne plus composer avec chacun, d'être juste elle-même, j'ai assisté à l'effondrement de l'univers de Rachel avec une vraie empathie. C'est tellement émouvant de la voir se débattre avec son immense chagrin, ses doutes, ses questionnements sur les décisions à prendre.... j'ai eu bien souvent le cœur serré...  Sa bouée de sauvetage : les enfants, leur odeur, leur innocence.... un essentiel ...

C'est une bien jolie histoire écrite avec beaucoup de finesse qui ne fait pas la part belle aux hommes...Le constat sur les couples est rude, il en ressort bien peu de bonheur : adultère, deuil.... aucun n'est épargné, ni dans le passé, ni dans le présent, pas même l'insupportable couple parfait qui placarde sa béatitude....pas si complète finalement.
Si le bonheur existe bien, il n'est qu'éphémère.... c'est une vision bien pessimiste de l'amour mais on en vient malgré tout à espérer pour Jenny et Léo, pour Kimber et Jared... et on trouve un petit sursaut d'optimisme en fin de roman :
"J'ai toujours pensé que je finirais par trouver la clé du bonheur parfait, comme je pensais que Rachel l'avait trouvée, et qu'alors chaque jour de ma vie serait précieux, simple et bien ordonné. Mais, la vie, ce n'est pas ça. Il y a quelques moments éclatants de perfection comme celui-ci, et puis il y a le quotidien qui les relie l'un à l'autre en un chemin scintillant qui, même au plus profond de la nuit, montre la direction à suivre."
J'ai littéralement dévoré cette histoire avec beaucoup de plaisir à défaut de rires, je me suis attachée à ces deux sœurs si bien esquissées,  j'ai été assaillie par une multitudes d'émotions, j'ai détesté Adam, je suis tombée sous le charme ravageur de Léo et j'ai tourné la dernière page avec un petit pincement au cœur !
Vivement le prochain Kristan Higgins !

Ma notation : 4,5/5

jeudi 16 février 2017

Les enfants de la résistance - Tome 1 : Premières actions






Auteurs : Benoît Ers et Vincent Dugomier
Editions : Le lombard




Dans un petit village de France occupé par l'armée allemande, trois enfants refusent de se soumettre à l'ennemi. Mais comment s'opposer à un si puissant adversaire quand on n'a que treize ans?
Paru le 7 mai 2015





Mon avis :

Une bande dessinée très réussie, j'ai beaucoup aimé !

François et Eusèbe, deux jeunes garçons vivent dans un petit village pendant la seconde guerre mondiale.
François est fils de paysans et son père a déjà vécu la grande guerre de laquelle il est revenu mutilé.
Eusèbe est le fils de l'instituteur, il est beaucoup plus posé et réfléchi que son copain, tête brûlé, impulsif et emporté.
A ce duo de copains vient s'adjoindre Lisa, petite réfugiée Belge de langue allemande oubliée sur la route de l'exode vers la zone libre. Elle va loger chez François.
Très vite, ces trois là deviennent inséparables.

L'album se présente sous la forme d'un journal tenu par François, il raconte tous les événements qui se succèdent : la déclaration de guerre, l'arrivée des Allemands, l'organisation de la vie quotidienne sous l'occupation, la difficile rencontre avec Lisa. Il raconte aussi comment tous trois décident de mener quelques actions contre l'occupant sans vraiment prendre toute la mesure de la gravité de leurs actes, des conséquences possibles.... C'est captivant de les suivre dans leurs aventures et leurs découvertes, de les voir se mettre en danger avec l'insouciante de l'enfance...

Le regard du jeune garçon est perspicace et sans concession sur la réalité quotidienne, sur les efforts allemands pour gagner les populations, sur les mentalités.... mais il est aussi troublé par la complexité des choses, tout le monde n'est pas si facilement condamnable, manichéen...
C'est remarquablement rendu en voyant les opinions des français évoluer au rythme de l'accrochage/décrochage des portraits de Pétain, ce héros de la guerre précédente qui restera longtemps un homme admiré et respecté même par des gens biens... 
Tué pour avoir imprimé des tracts
- Il est mort pour la France !
- Oui c'est terrible!....
Mais je pense aussi qu'il faut laisser une chance au Maréchal Pétain.
Il fera au mieux pour gérer le pays avec les nazis.... Faisons lui confiance !
- Vous n'avez peut-être pas tort.
Si le père du narrateur le décroche assez rapidement, son oncle tant admiré va au contraire l'exposer dans son salon... Les clivages arrivent dans les familles, conséquence des frustrations de chacun ( ici sont en cause la réalité paysanne, l'héritage dans les familles, les rancœurs qui mènent à l'acceptation de l’inacceptable)

C'est une bande dessinée réaliste qui aborde un peu tous les thèmes de l'époque : l'exode, l'invasion, les petits sabotages, la résistance.... à travers les yeux d'un jeune adolescent exalté qui refuse de se soumettre...
C'est l'apprentissage des douleurs de la vie, la prise de conscience auprès d'un père éclairé....
" Tu sais, François, il y a des moments dans la vie où il faut savoir désobéir."
J'ai beaucoup aimé les dessins réalistes avec une foison de détails, les vignettes qui s'étalent sur les bords de page, les couleurs un peu sépia... Ils nous immergent totalement dans l'époque, les atmosphères sont travaillées et parfaitement rendues.
Une mention spéciale pour la superbe couverture, j'adore ! Et aussi pour le dossier très clair et très intéressant en fin d'album sur les événements de l'époque, un plus très apprécié ! 

Une excellente bande dessinée, réaliste, documentée, passionnante et surtout extrêmement bien construite. Le regard d'un enfant rebelle sur la réalité qui l'entoure, l'engagement un peu inconscient de trois gamins et une piqûre de rappel de ces sombres heures...

Ma notation : 4,7/5

mercredi 15 février 2017

Dark Romance


Auteur : Pénéloppe Douglas
Editions : Harlequin



Leur amour peut les sauver... ou les détruire.
Michael Crist. Un nom qui fait frissonner chaque fille de notre petite communauté privilégiée de la côte Est. Moi comme les autres. Sauf que moi, ce n est pas sa beauté à couper le souffle ou le fait qu il soit riche et adulé qui me fascine enfin, pas seulement. Non, moi, c est la noirceur que je devine sous sa carapace dorée. La violence dans son regard noisette. Son mépris pour les règles, les lois, la morale. Ce miroir permanent de tout ce qui est noir et sombre au fond de moi. En dix-neuf ans, Michael ne m a jamais jeté un regard. Mais, le jour où il s intéresse à moi, je ne sais pas si je dois être excitée... ou terrifiée.
Paru le 8 février 2017


Mon avis :

J'ai détesté..... tout..... les personnages, l'intrigue (enfin ce qui tient lieu d'intrigue!),  les valeurs véhiculées...... j'ai vraiment tout détesté !

Les personnages
Une bande de quatre gars qui se croient absolument tout permis et que l'argent de papa couvre à quasi tous les coups......

On leur attribuait incendies, cambriolages, vandalisme et destruction de biens, même s’il n’y avait jamais de preuves contre eux, puisque leurs visages étaient recouverts d’un masque.
Mais, nous, nous le savions. Et même si les flics le savaient certainement aussi, quand vous étiez né avec le bon nom de famille, que vous aviez des contacts et de l’argent, vous vous en sortiez toujours indemne.

Ils écument la ville, brûlent, cassent.... et comme ce sont des gars biens, ben ils filment en plus lorsqu'ils couchent avec une fille ou tabassent des gens, parce que c'est trop trop bien de pouvoir revoir ça après hein ! 
Le must, ils enfilent des masques pour ....... ben on ne sait pas pourquoi , parce que tout le monde sait que c'est eux.... bref c'est d'un ridicule patenté...
Dans le présent ils n'ont pas grandi d'un chouïa, se lamentent sur leur sort, se posent en victime (oui oui les pauvres ! on a osé les emprisonner, ces tendres agneaux innocents !) et ne pensent qu'à se venger....

Elle, stupide qui accepte tous les compromis, et même qu'on la traite comme un objet, se laisse manipuler et elle pardonne tout en un claquement de doigts, elle en redemande même..... 

L'intrigue :
Alors on se demande ce qu'a bien pu faire cette pauvre fille pour mériter autant de haine, on imagine un truc énorme, et pschitttttt au moment de la révélation c'est tellement dérisoire que je n'ai pas pu m'empêcher de ricaner.... tout ça pour ça !
Et bien sûr, personne n'a pensé à lui parler, à l'accuser en face, à lui demander pourquoi....

Et ce n'est pas tout, il y a aussi le combat entre frères avec en apothéose la scène du bateau.... un scénario de série z complètement cliché, c'est sans surprise et d'un ennui .....
La fin cousue de fils blancs et des parents à peine éplorés par les événements, on a quand même eu droit à une larmichette... ça valait seulement ça !

Les valeurs :
C'est ce qui m'a le plus gênée en fait, cette dédramatisation de la violence, à vouloir cautionner en les faisant passer pour des justiciers (si si, des justiciers qui se filment en train de coucher avec des mineurs....) , sans compter la façon de traiter les femmes (il y a même du Rohypnol qu'ils ont l'intention d'utiliser...), ce sont pour eux des objets sexuels le plus souvent qu'on peut même se partager ....
— Vous savez ce que j’en dis ? est intervenu Damon en soufflant un nuage de fumée. Du moment qu’elles sont assez vieilles pour ramper, elles sont dans la bonne position.
C'est pervers tout au long du livre et je n'ai pas trouvé une once de joli sentiment, pas une seule...
Il n'y a que des scènes moches où ils veulent soit faire du mal, soit contrôler l'autre... on a même droit à une scène de porno bien crade qui n'amène rien de plus...

Bref vous l'avez bien compris j'ai détesté ....et j'ai tourné les pages en me disant qu'il allait y avoir un super truc plus loin pour que certains aient autant encensé ce livre, je cherche encore !
Pour moi,  une lecture vraiment nauséabonde !

Ma notation : 0,5/5

mardi 14 février 2017

Serre moi fort


Auteur : Claire Favan
Editions : Pocket


" Serre-moi fort. " Cela pourrait être un appel au secours désespéré. 
Du jeune Nick, d'abord. Marqué par la disparition inexpliquée de sa sœur, il est contraint de vivre dans un foyer brisé par l'incertitude et l'absence. Obsédés par leur quête de vérité, ses parents sont sur les traces de l'Origamiste, un tueur en série qui sévit depuis des années en toute impunité. 
Du lieutenant Adam Gibson, ensuite. Chargé de diriger l'enquête sur la découverte d'un effroyable charnier dans l'Alabama, il doit rendre leur identité à chacune des femmes assassinées pour espérer remonter la piste du tueur. Mais Adam prend le risque de trop, celui qui va inverser le sens de la traque. Commence alors, entre le policier et le meurtrier, un affrontement psychologique d'une rare violence...
Paru le 9 février 2017



Mon avis :

Bon sang ce livre !
Je ne sais pas comment écrire mon avis.... il ne faut surtout rien raconter d'essentiel parce que ce doit rester une surprise pour apprécier ce livre à sa juste valeur...

Ce que je peux dire c'est que si c'est très très bon, c'est aussi très très éprouvant....

On y côtoie Nick dont la sœur vient de disparaître, il nous raconte par le détail la lente déchéance de sa famille. Toute la première partie est son récit et l'on ressent une véritable empathie pour ce petit gars courageux qui tente de s'en sortir, on souffre avec lui, on l'accompagne. On suit la lente enquête sur les traces du tueur l'Origamiste...

Puis vient une petite phrase anodine, quelques mots sur le papier et c'est un véritable tsunami qui vous emporte ... Un coup de maître !

Seconde partie, on fait connaissance avec Adam Gibson, le flic chargé d'une affaire difficile : la découverte de 24 corps momifiés dans une grotte.
J'ai eu un véritable coup de cœur pour lui.
Veuf pétri de culpabilité, c'est un homme solide qui se dépêtre dans ses difficultés avec ses deux enfants adolescents, un homme d'ombres et de lumière. Quel personnage passionnant et attachant ! ♥
Avec ses équipiers, il se lance à corps perdu dans cette enquête rude et délicate.

Et le roman s'accélère, des scènes coups de poing, de la pure violence, de l'action mais pas que.....loin de là!
J'ai lu toute la fin du livre quasiment en apnée... c'est fort et tellement douloureux aussi.
Quelle histoire haletante !
Je n'avais pas envie de le terminer, je ne voulais pas connaître la fin que je sentais venir.... je voulais ralentir mais j'étais aussi aimantée littéralement...

Ce livre va me hanter un bon moment, je le sens !

Une lecture marquante, un livre diaboliquement bien construit, un face à face incroyable.... du grand art ! 

Ma notation : 4,5/5

lundi 13 février 2017

L'amour est une haine comme les autres


Auteurs : Stéphane Louis, Lionel Marty et Vera Daviet
Editions : Grand Angle



Une amitié interdite dans la Louisiane raciste des années 30...

William est un enfant peu doué. À l’inverse, Abelard a des capacités intellectuelles hors normes. Mais il ne peut aller à l’école : les Noirs n’y sont pas acceptés. Entre les deux enfants, un pacte est scellé. Abe aidera William pour ses devoirs, et ce dernier lui trouvera toujours du travail. William gravit ainsi tous les échelons de la société locale, fondant sa propre entreprise dans laquelle Abe, l’homme à tout faire, prend les décisions dans l’ombre. William se décidera-t-il à donner à Abe la place qui lui revient, à placer un « nègre » dans son fauteuil ? Une amitié d’enfant, si forte soit elle, peut-elle survivre à de telles tensions ?
Paru le 1 février 2017


Mon avis :

Une histoire d'amitié improbable qui brave tous les interdits de l'époque...
C'est à la fois beau, subtil, dur, violent, émouvant ...  un mélange remarquable. J'ai adoré cet album tant dans le propos que dans le dessin !

On est en Louisiane dans les années 30, deux enfants se rencontrent, s'entraident et lient une réelle amitié profonde et durable. Mais l'un est noir, l'autre blanc et cette amitié est interdite dans un contexte de violence extrême. Le récit fait un état des lieux sans concession du racisme ordinaire qui mène à tous les indicibles, le ku klux klan sévit en toute impunité, j'ai découvert avec effroi la pratique des picnics...
Le peu de poids de la vie d'un noir et le peu d'intelligence qu'on leur prête sont bien exposés.. j'ai d'ailleurs vraiment aimé que ce soit Abe le plus brillant des deux, un démenti tout en finesse...
La haine brûle dans la famille de chacun, une haine véhémente qui masque même l'amour des mères... le propos est dur et d'un réaliste redoutable.

Malgré la société, malgré des familles haineuses, les deux garçons s'allient : Abe aidera William au quotidien à gérer devoirs, puis entreprise, William gardera toujours un travail pour Abe, le protégera autant qu'il pourra et ce dans le secret bien entendu...

La construction même du récit amène une tension palpable qui enfle page après page... en effet l'album commence sur un épisode particulièrement frappant, puis repart dans le temps pour distiller le récit de cette amitié hors norme, et peu à peu on découvre les moments clés de leur vie .... le doute sur la durée d'une telle amitié que famille, société, femmes réprouvent s'insinue doucement, on suit ce drame latent qui se noue lentement avec émotion, il y a un vrai suspens qui nous tient en haleine....

Les personnages sont denses et psychologiquement bien esquissés, il y a une grande justesse dans les dialogues et les actions, le perspicacité de Abe, la maladresse et le grand cœur de William, la noirceur de Gwendolyne,  le père de William à la fois bon père de famille qui aime son fils mais qui commet des exactions pour lui  tellement normales et anodines .... la frontière entre les sentiments est fragile, amour/haine, ils se mêlent, se confondent, se dénouent... L'amour est une haine comme les autres....

Un dessin au service du scénario, j'ai beaucoup aimé le trait expressif, les visages mouvants, les regards vivants... parfois des vignettes dépouillées d'une sobriété marquant l'essentiel.... et les couleurs de  l'enfance, des îlots de douceur au milieu de toute cette noirceur...

Une bande dessinée très réussie, à la fois intelligente, subtile, palpitante et terriblement émouvante et un formidable message d'espoir en l'humanité....

Ma notation : 4,7/5

dimanche 12 février 2017

L'ange gardien


Auteur : Mary Calmes
Editions : Dreamspinner Press



La vie de Jude Shea se retrouve complètement bouleversée lorsqu’il vient au secours d’un chien qu’il nomme Joe. Même si Jude a déjà pas mal de problèmes pour s’occuper de lui-même – il n’a plus de travail – il ne peut pas résister à l’animal qui a besoin de lui. Surtout lorsqu’une nuit, un homme se présente à sa porte pour réclamer son nouveau compagnon. Alors qu’ils échappent de justesse à une attaque surprise, Jude va comprendre que « Joe » n’est pas tout à fait ce qu’il semble être. 

Dans une dimension alternative, Eoin Thral est un Gardien et une fois qu’il laisse Jude traverser le voile qui sépare leurs deux mondes, il se transforme en un homme magnifique connu pour ses compétences au combat mais pas pour sa capacité à aimer. Immergé dans le monde d’Eoin, Jude devra faire face au combat le plus difficile de toute sa vie pour leur garantir une fin heureuse à tous les deux.
Paru le 20 septembre 2016

Mon avis :

Une petite lecture sympathique et dépaysante mais qui manque un peu de développements à mon goût....

Jude vit des moments difficiles, trompé par son petit ami avec son patron, il a claqué la porte du boulot et se retrouve dorénavant seul et sans travail, en plein doute....
Lorsqu'il se retrouve en garde de ce chien hors norme qu'il a sauvé, des liens se tissent entre eux et il est loin de se douter de ce qui l'attend...
Il y a de très jolis passages entre lui et cet étonnant animal qui semble doté d'une intelligence remarquable et de véritables sentiments...

Si l'histoire du départ est assez classique, j'ai aimé le côté fantastique qui se développe petit à petit, surtout lorsque Jude se retrouve dans le monde parallèle de Eoin, un monde très singulier avec ses codes. Les gardiens y sont des personnages à part , leur statut est très particulier.
C'est certainement ce passage là que j'ai préféré, cet univers plein de fantaisie où Jude doit composer non seulement avec cette étrange société, mais aussi avec le caractère entier et autoritaire de Eoin... Ce dernier est d'une possessivité folle, mais il est aussi plein de tendresse et son amour est absolu..

Mais le chemin pour vivre ensemble sera long et semé d'embûches, il faudra accepter de faire de lourds sacrifices ...

Une petite histoire sous forme de conte fantastique, très rapide et très agréable à lire, il m'a cependant manqué un peu plus de précisions, de détails, j'aurais aimé en savoir encore plus sur cette société, le récit reste souvent très superficiel surtout sur la dernière partie du roman lorsque c'est Eoin qui doit s'adapter et c'est dommage parce qu'il y avait vraiment matière à faire quelque chose de bien plus abouti.

Ceci dit, j'ai passé un moment de lecture fort agréable et je tenterai très certainement d'autres titres de l'auteur !

Pour finir, une mention spéciale à cette couverture magnifique.... ♥♥♥

Ma notation : 3,5/5

samedi 11 février 2017

La balafre




Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Editions : Pocket Jeunesse



Olivier, 13 ans, et ses parents se sont installés pour un an à la Goupil, un hameau perdu de la Marne. Un soir, l'adolescent est terrorisé par le chien de la maison voisine qui se jette sur la grille avec une rage terrifiante. Ses parents pensent qu'il a rêvé, car la maison est abandonnée depuis des années. Olivier est donc le seul à croire à l'existence de l'animal. Comme il est le seul à voir Emmi, une petite fille de quatre ans, jouer avec son chien Boule. Obsédé par ces apparitions fantomatiques, Olivier mène l'enquête et met à jour un épisode tragique qui a eu lieu à la Goupil en 1941...
Paru le 23 février 2010

Mon avis :

Un récit court, lu très rapidement, mais une histoire forte et éprouvante....

Olivier nous raconte cette histoire extraordinaire qu'il a vécue l'année de ses 13 ans.
Toute la famille déménage pour suivre le père muté pour une année, ils s'installent dans un petit hameau La Goupil où les habitants ne sont que des silhouettes à peine esquissées, fuyantes. Seule la voisine en face Madame Goret prend une réelle consistance.
Le jeune garçon doit s'habituer à cette nouvelle vie, à cette solitude, ce n'est pas de gaieté de cœur qu'il a laissé derrière lui son collège et sa bande de copains.... Très vite il commence à voir ce que personne d'autre ne peut voir, il aperçoit un berger allemand terrifiant d'abord seul, puis ensuite avec une petite fille de 4 ans à plusieurs reprises  ... Ses visions le troublent profondément, elles le hantent même et il va vouloir absolument comprendre de qui il s'agit et pourquoi il est le seul à les voir .... Il enquête auprès de sa voisine qui demeure muette et semble même effrayée, dans les archives....Et ce qu'il va découvrir est particulièrement dur et cruel...
Une plongée dans le passé, dans une période trouble où les hommes ont su faire montre d'autant d'héroïsme que de bassesse... le racisme, la délation, la violence, le courage, le dévouement.... Olivier va revivre des instants éprouvants et dénouer tous les fils de cette effroyable histoire...

Un petit bémol pour la toute fin et les circonstances de la balafre, c'est le seul passage un poil excessif pour moi, j'ai eu un peu de mal avec ce mélange vision/réalité aux frontières mal définies...

Un récit captivant et émouvant....Un récit où le fantastique subtilement dosé va être le révélateur d'une réalité crue et sans concession où des destins se sont joués parfois dans l'indifférence...
Un style sobre et direct, un récit fort et marquant !

Ma notation : 4,2/5

Je tue les enfants français dans les jardins



Auteur : Marie Neuser
Editions : Pocket



Lisa, jeune professeur d'italien, se rend chaque jour au collège comme on va à la guerre, avec, en guise d'armée ennemie, les élèves. Au fond de la classe, les garçons se disputent le rôle de commandant en chef en rivalisant d'insultes et de menaces. Du côté des filles, ce n'est guère plus apaisé : comment faire comprendre à une gamine de douze ans qu'elle ne doit pas se prostituer, même pour se payer des vêtements de marque? 
Seule solution pour survivre sur ce champ de bataille où règne la loi du plus fort, se forger une carapace, en attendant son heure... l'heure de la contre-attaque.
Paru le 11 septembre 2014


Mon avis :

Une vraie surprise que ce petit roman ! Une écriture directe, un propos réaliste au point d'en devenir même dérangeant.... il y a des voiles qu'on n'aime pas toujours soulever...

Lisa est cette jeune professeur qui se trouve noyée dans un collège où la violence ordinaire est reine, une violence verbale, physique, une violence latente qui s'insinue dans chacun ... Pleine des jolies illusions qu'un père professeur inspiré et enthousiaste lui avait léguées, la jeune femme va sombrer petit à petit dans la peur et la dépression.... sa vie privée même va en être bouleversée.

Le constat est sans concession, la hiérarchie est aux abonnés absents. La solitude du professeur face à des collégiens ingérables, des collégiens dont les actes se transforment en harcèlement, dont la violence enfle toujours plus est particulièrement bien racontée et on voit monter petit à petit une haine sourde, profondément enracinée qui prend sa source dans la solitude, la terreur et l'impuissance.... On voit vaciller cette jeune femme désabusée, désarmée devant les incivilités qui dérapent de plus en plus gravement, puis on la voit basculer vers l'indicible : un mépris profond pour ces élèves qu'elle n'arrive même plus à considérer comme des êtres humains :
"sois toujours fidèle au poste pour tenter de créer de jolies sculptures avec de la merde servie par pelletées à chaque jour de rentrée, toute cette merde à bien garder loin des rues tant qu'elle n'a pas atteint les seize ans d'âge."
C'est virulent c'est dérangeant, c'est cru.... Le collège devient une véritable zone de guerre où les ennemis se toisent et se rendent coups pour coups, seule la violence règne et ce jusqu'au point de non retour...

Ayant enseigné un an durant dans un EREA, j'ai trouvé le propos parfois extrêmement juste, j'y ai retrouvé ces moments d'intense solitude, et cette difficulté à vivre son métier, à l'exercer... la description des incivilités, des attitudes est particulièrement fidèle et le basculement de cette jeune professeur ne m'a pas semblé être quelque chose de si irréaliste que ça...
Si le trait est poussé dans les réactions de l'enseignante, c'est pour servir un état des lieux particulièrement alarmant....

Un texte violent, un texte brutal, un texte perturbant qui pose de vraies questions sur les collèges des zones sensibles.

Ma notation : 3,8/5

Des petits biscuits pour la timidité


Auteur : Errol Sabatini
Editions : Errol Sabatini


Naëlle possède un étrange don de voyance. Le hasard la jette seule en pleine campagne, dans un vieux moulin qu'elle pense pouvoir restaurer. Julien est un gamin de dix ans, solitaire et peu bavard. Une exquise amitié - qui n'aurait pas dû naître - se noue entre eux. Mais pour la jeune femme, cette complicité semble compromise d'avance. Elle est sûre d'une chose : Julien ne pourra pas recevoir longtemps l'amour dont il a besoin. Ses visions lui font savoir que le destin de l'enfant est déjà tracé, et qu'elle n'y est pas étrangère... Une escapade pleine de vie, entre tendresse et suspense, où l'étrange s'invite sur la pointe des pieds... Pour ce premier roman, j'avais envie de quelque chose qui soit à la fois facile à lire, drôle et étonnant. À la fin du livre, je voulais qu'on se dise : « Non... Il n'a pas fait ça !» Fait quoi ? Vous verrez bien...
Paru le 28 octobre 2016

Mon avis

Si j'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire au début du livre, je me suis laissée gagner peu à peu par le charme de la narration toute simple, ces deux voix qui se croisent et qui racontent les écorchures de la vie.
Un enfant blessé qui reconstruit sa vie auprès de sa grand-mère, il raconte dans son journal avec ses mots sa vérité, ses chagrins, sa mère enfermée dans un asile, cette mère qui lui manque tant ...
Une jeune femme dotée d'un don de voyance qui s'installe dans un vieux moulin perdu dans la campagne sans aucune commodité... 
Tous deux se rencontrent, deux solitudes murées dans le silence ...se toisent, s'apprivoisent, s'apprécient....

Toute une foison de personnages secondaires se pressent autour d'eux, des personnages durs, violents, lâches, tendres, tout le quotidien d'un petit village...
C'est un livre à la fois léger, facile et rapide à lire, mais on est aussi un peu ému, il y a comme une mélancolie qui colle au récit ...c'est à la fois triste et touchant, mais pas seulement, on se prend à sourire aussi parfois. 

Une tension doucement s'installe, s'étire au fil des pages, un danger guette le petit Julien et Naëlle se sent impuissante à le sauver ... jusqu'au dénouement violent et si surprenant ... Une fin extrêmement bien pensée, judicieuse qui donne un éclairage nouveau sur tout le livre, une vraie densité au récit et une épaisseur à certains des protagonistes...
N'est pas le personnage principal celui qu'on croit, la surprise est totale et l'on se prend une envie folle de relire le livre depuis le début afin de débusquer tous les indices qui sont forcément là et qu'on a loupés...

Je suis vraiment ravie d'avoir poursuivi ma lecture jusqu'au bout, une lecture agréable et qui ménage son lot de vraies surprises...

Ma notation : 3,8/5


lundi 6 février 2017

La Parisienne et le Highlander: Tome 2: Le Stùr Rionnag


Auteur : Jeanne Malysa
Editions : Dreamcatcher




L’amour fou entre Anaïs et Iain est-il devenu de l’histoire ancienne ?
Leur quête laissée en héritage par leurs grands-pères restera-t-elle inachevée ?
Leurs ennemis ont-ils gagné ?
Le ZBB frappe de plus en plus fort, pour le stopper, un seul espoir, trouver le Stùr Rionnag.
Anaïs et Iain parviendront-ils à affronter les épreuves que chacun trouvera sur sa route.
Entre mensonges, trahisons et faux semblants, ce dernier tome ne vous laissera aucun répit.
Paru le 30 janvier 2017




Mon avis :

Quel plaisir de reprendre ma lecture avec ce tome 2....
On se retrouve exactement  à la fin du tome 1... cette fin cruelle qui a tellement maltraité la pauvre Anaïs...
Elle est partie se réfugier auprès de sa "tribu", tous se resserrent autour d'elle... 
Lorsque Iain comprend sa terrible "bévue" (et le mot est faible....), il est effondré et ne sait comment reconquérir celle qu'il aime, il est conscient que son comportement est impardonnable.
Sa famille et l'entourage d'Anaïs vont s'ingénier à les réunir...mais évidemment, rien ne va se passer comme prévu...

Encore une fois, le roman nous entraîne dans une foule d'aventures plus palpitantes les unes que les autres, enlèvement, voyage, danger, épidémie, c'est alerte c'est enlevé, on y retrouve tous les ingrédients qui ont fait la réussite du tome 1.
C'est un formidable roman qui mêle aventure et fantastique, le tout parfaitement dosé !
A cela s'ajoute des personnages qui s'étoffent et prennent une dimension nouvelle : l'inspecteur et son béguin touchant pour Nathalie, Alessandro qui se révèle attachant, perspicace et qui jouera un rôle important dans le récit, Marcel et Benjamin toujours présents, piliers infaillibles de la vie d'Anaïs, la famille Mac Kelloch toujours aussi unie et délicieuse (j'adore cette fratrie !)...  

Ce que j'ai beaucoup aimé dans ce second tome, c'est de sentir que les épreuves ont fait évoluer la relation entre Iain et Anaïs, elle est plus profonde , moins basée sur le désir pur, il y a une vraie connivence entre eux... Anaïs va souffrir beaucoup, et physiquement, et moralement ... L'auteur ne la ménage pas et elle aura besoin de tous et de Iain en particulier pour surmonter tout cela.
Et si Iain est très souvent insupportable, autoritaire, possessif à outrance, j'aime beaucoup le joli tempérament d'Anaïs qui jamais ne se laisse ni faire, ni imposer rien qu'elle ne veuille et qui temporise ce machisme parfois un peu trop envahissant ... Un très joli couple toujours aussi attachant !

On suit également les malversations de Larsac, Carlotta, Marianne, les fils se dénouent, les masques tombent un à un .....
Mais les Aspardiens pressent de plus en plus les recherches, un sentiment d'urgence émerge , et la tension grandit page après page, il faut se retrouver sans plus tarder et partir en quête de Stür Rionnag au plus vite ... Le danger est réel et palpable. Il y a des passages très réussis qui rendent parfaitement cette atmosphère inquiétante et je crois bien que toute la fin du roman est la partie que j'ai le plus aimée, elle est pleine de rebondissements, de péripéties, de surprises, c'est une chasse au trésor terriblement addictive écrite d'une plume toujours aussi riche et précise, c'est réellement captivant et j'ai eu un mal fou à reposer mon livre à chaque fois.

Jeanne Malysa est une véritable conteuse, elle sait construire des histoires palpitantes, tisser des scénarios denses et tenir en haleine ses lecteurs jusqu'à la dernière ligne.

Vivement le tome 3 (sur le petit frère), le 4 (sur Clyde mon préféré ♥) , le 5 (sur n'importe qui ça m'est égal).....!



Bonus : L'anarchiste et l'Etudiant 


Quelle jolie surprise que de trouver cette nouvelle glissée en fin du tome 2 !
Déjà, il faut dire que Marcel est un de mes personnages préférés du roman, ce côté anarchiste, rebelle et irrévérencieux m'a séduite dès les premières lignes. J'ai tellement aimé ses joutes avec Iain l'aristocrate, des passages drôles, enlevés, plein de fougue... J'ai toujours aimé aussi son affection inconditionnelle à Anaïs et le couple si attachant qu'il forme avec un Benjamin tellement humain et séduisant ...
C'est donc avec un plaisir certain que je me suis plongée dans cette lecture supplémentaire et j'ai beaucoup aimé la construction qui alterne entre le passé et le présent, rendant le récit encore plus vivant, j'ai adoré découvrir tous les détails de sa rencontre avec Benjamin, et ses doutes, ses questionnements qui lui donnent une densité et une profondeur nouvelle...
Cette petite nouvelle permet de découvrir ces deux hommes de façon plus intime, leur histoire et la jolie évolution de leur couple...
Merci vraiment pour ce petit cadeau supplémentaire qui n'a fait que renforcer mon affection pour ces deux formidables personnages ♥♥♥

ma notation : 4,5/5

vendredi 3 février 2017

Prendre Gloria



Auteur : Marie Neuser
Editions : Fleuve Editions


" Vous regardez entrer une amie dans une église un dimanche à 11 h 30. " 

Dans la commune italienne de P., on sauve les apparences. Et surtout le dimanche. Le 12 septembre 1993 a dérogé à la règle. 
Ce jour-là, Gloria Prats quitte son amie Elena pour honorer un rendez-vous. Elle franchit le perron de l'église de la Miséricorde. Un rendez-vous furtif, pas plus de quelques minutes. 
Le 12 septembre 1993, les minutes deviennent des heures. Gloria ne ressort pas. 
Une fugue, à coup sûr. Ou un coup de ce petit Albanais trop discret pour être honnête. Tout, mais pas le principal suspect, protagoniste numéro 2 du rendez-vous : Damiano Solivo. 
Comment on construit un monstre, comment le pouvoir oblitère la vérité dans une ville de province pétrie de règles ancestrales. Prendre Gloria est un roman noir et une puissante critique sociale, genèse du diptyque tiré d'un fait divers qui tourmenta l'Italie et l'Angleterre de 1993 à 2011.
Paru le 14 janvier 2016

Mon avis :

J'avais un peu peur d'aborder ce livre après l'excellent "Prendre Lily", d'une part parce que je savais que Gordon allait me manquer (et il m'a cruellement manqué!) et d'autre part parce que le versant Gloria de l'enquête avait  été largement évoqué dans le tome 1.... j'avais un peu peur de m'ennuyer, de ne pas ressentir de curiosité, mais c'était sans compter le savoir faire de Nathalie Neuser...
L'auteur a su vraiment se renouveler et susciter un nouvel intérêt pour cette histoire. 

Lorsque "Prendre Lily" était une vraie traque policière, un jeu du chat et de la souris, avec parfois un doute insidieux sur l'identité du coupable, dans "Prendre Gloria", il ne s'agit plus de coincer le meurtrier puisque l'identité de celui-ci est parfaitement connue et qu'il est incarcéré en France, mais de défaire fil par fil la toile qui a recouvert la vérité si longtemps.... Personne n'est épargné, les politiques, l'Eglise.... 

Lorsque "Prendre Lily" était porté de bout en bout par la voix, l'âme et les émotions de Gordon, dans "Prendre Gloria" les narrateurs se multiplient.
Ces différents points de vue rapportent quasiment minute par minute les événements de 1993 et ce qui rend le récit encore plus vivant c'est qu'il n'y a pas de linéarité mais des aller-retours constants entre le passé à différents moments clés et le présent.
Bribe par bribe, chacun dévoile sa vérité : qui un petit ou un gros mensonge pour se venger , pour toucher un peu d'argent, pour cacher ses propres turpitudes, pour sauver sa famille.... 
J'ai été à nouveau happée dans cette histoire effroyable qui dissèque sans concession aucune la part de  responsabilité de chacun, qui explique comment les faits ont pu être dissimulés et Solivo hors d'atteinte si longtemps....

Il y a foison de personnages qui se succèdent pour raconter chacun son fragment de vérité : une meilleure amie fragile, un jeune Albanais  aux abois, un ouvrier qui ne veut pas d'histoire, une juge pieds et poings liés qui tente de se racheter une conscience, un prêtre dépravé, etc..... et surtout une famille puissante en lien étroit avec une mafia souveraine qui paye, menace et impose... et puis il y a la famille de Gloria, Aldo son frère si charismatique, Mamma Giuseppina, petite silhouette qui hante les commissariats et les plateaux télé, infatigable et tenace, quelle famille attachante ! 

Une lecture encore une fois passionnante, un roman à multiple voix qui dévoile peu à peu une vérité sordide et révoltante ...

Ma notation : 4,5/5

jeudi 2 février 2017

Prendre Lily


Auteur : Marie Neuser
Editions : Fleuve Editions et Pocket


Une mère de famille retrouvée assassinée dans sa baignoire, les doigts comme un écrin renfermant deux mèches de cheveux. Le corps d'une étudiante coréenne abandonné la nuit dans un quartier désert. Et des jeunes femmes qui témoignent : leurs cheveux coupés net, tandis qu'elles vivent, marchent, respirent dans une petite ville balnéaire d'Angleterre qui ne connaît pas les débordements. 
Non loin de la salle de bains de Lily Hewitt vit Damiano Solivo. On lui donnerait le bon Dieu sans confession si ce n'étaient ces déviances auxquelles il s'adonne en secret. Mais son épouse peut le jurer : Damiano est innocent. Damiano est même victime. Victime, oui : de la complexité d'une machinerie sociale et judiciaire qui sait comment on façonne les monstres.
Paru le 14 mai 2015



Mon avis
Il y a des livres que vous prenez comme ça, un peu par hasard, plus parce qu'une couverture ou une quatrième vous a fait de l’œil que parce que vous en avez réellement entendu parler et qui soudain vous emporte dans un plaisir de lecture incroyable.... il y a des livres que vous avez du mal à quitter, des livres que vous tardez à finir parce que vous ne voulez pas le refermer, parce que vous voulez continuer de vivre à côté des personnages, avec les personnages....
Prendre Lily est un de ces livres, j'ai adoré chaque page, chaque ligne de ma lecture ! C'est un livre passionnant de bout en bout !

Si le début du roman se présente comme un polar classique, très vite il s'en détache... pour prendre une dimension toute particulière.

Un crime particulièrement sordide confié à un trio d'enquêteurs : Daphné, Jim et Gordon
La victime : une jeune femme Lily, tout à fait insignifiante sans signe particulier qui ne sortait quasiment pas de chez elle et un constat effrayant, tout le monde peut être la cible à n’importe quel moment
Un narrateur : Gordon McLiam, l'un des trois enquêteurs, il raconte dans un langage très familier tous les aspects de l'investigation .... c'est le flic qui raconte avec son franc parler, qui pose ses mots sur des  événements, des sentiments, des émotions....

Dès les premières pages on perçoit que cette affaire est une véritable plongée dans l'enfer...sentiment de quelque chose de plus dans cette histoire, des flics aguerris sont ébranlés
C’est l’atmosphère, Jim. Et tu sais, j’en ai dans ma besace, des affaires sordides. Mais là, tu vois, chez la couturière, il y avait une atmosphère… ce froid dans le dos, je n’ai pas été le seul à le sentir, n’est-ce pas, Gordon ? Je vais vous dire un truc. J’ai supporté beaucoup de scènes de crime. J’ai vu des enfants qu’on avait égorgés dans leur sommeil. J’ai vu des femmes tellement tabassées par leur mari qu’elles avaient les os du nez qui sortaient par les orbites. J’ai reconstitué des puzzles d’adolescentes, disséminés un bras là, un bras là-bas, dans des décharges publiques. Ici, bordel, dans le Dorset. Mais dans cette salle de bains, les gars… J’ai eu les poils de l’échine qui se sont mis au garde-à-vous et c’est de l’azote liquide qui a coulé dans mes veines. Vous avez mis un pied dans le chaudron du Diable. Vous allez vous y cramer le cul et je vous souhaite bien du courage.
Et la vision de Lily dans sa baignoire colle aux pensées de Gordon et de tous ceux qui l'ont vue , une vision comme gravée derrière les rétines et qui ne les quitte plus.... 
Mon premier… Voilà que je me sens comme une vierge qui vient de voir le loup. Comme un puceau entrant au bordel. Mon premier meurtre, non. La mort qu’on donne, je l’ai déjà vue, et reniflée, et manipulée. Ce n’est pas mon premier, en fait, mais ma première. Ma première femme équarrie, ma première plongée dans le crime sans queue ni tête, celui qui ne sert à rien sauf pour la jouissance, car de la jouissance il a dû y en avoir là-dedans, dans cette salle de bains qui ne me quitte plus, dans ces chairs arrachées qui se collent toujours à moi, plus d’une semaine après, c’est bien ce que disait le vieux le jour même, c’est ma première apnée dans le chaudron du Diable.
Il en perd même le sommeil ....
Ce n’est que la centième fois que je me repasse cette chronologie dans la tête, et ce n’est pas encore le matin. Je n’ai pas fermé l’œil. Je me sens proche du point de rupture de l’élastique qui maintient le cerveau en place.Il paraît qu’il suffit de trois nuits sans dormir, je veux dire de trois jours et trois nuits, pour sombrer dans la folie.Je n’en suis pas loin.J’ai tout essayé pourtant. Faire des pompes jusqu’à épuisement ; boire à m’en abrutir ; m’enrouler dans des couvertures devant des émissions sur la chasse, la pêche et la dentelle de Cornouailles. Que dalle. Mes yeux comme des billes.Encore une nuit comme ça et je bascule.
Mené par un nouveau chef Bradfort, étonnamment jeune mais solide, l'enquête avait débuté de façon tout à fait classique  avec les sempiternelles questions aux voisins, les recherches de baskets pouvant correspondre aux empreintes etc... l'ex-mari est immédiatement dans le collimateur, mais d'une chose l'autre, ils ont fini  par se focaliser sur un suspect : Damiano Solivo, personnage particulièrement répugnant et insaisissable qui s'adonne à d'étranges et sordides pratiques ...

Très vite, sa culpabilité devient une certitude pour la police mais les enquêteurs n'ont aucune preuve tangible juste une intime conviction et sont terriblement frustrés....s'en suit un interminable jeu du chat et de la souris, interminable dans le temps mais tout bonnement passionnant.
Interrogatoires, contre-interrogatoires, le bras de fer est incroyable et toujours Solivo s'en sort... Baveux, adipeux, repoussant..... il déploie une inertie étonnante et sous ses dehors de pauvre type se devine une intelligence redoutable...

Des mois passent : vidéos, enregistrements, planque, poursuites, tous les moyens sont mis en branle.
On nous décrit par le menu les affres de l'enquêteur, ses espoirs, ses frustrations, ses angoisses, tout cela par la voix de Gordon . Ce dernier, hanté par l'image de Lily et la pensée de la vie fracassée de ses deux filles, prend tellement à cœur cette affaire qu'elle en devient une affaire personnelle...
Eh bien non, en quinze ans de service, non. Je les ai tous eus. Tous. Les assommeurs de petites vieilles. Les liquidateurs de concurrents, en amour comme en affaires. Les étrangleurs de belles-mères. Les dealers offensés. Tous ceux qui avaient usé de leur pouvoir à donner la mort. Quelques jours, quelques semaines, et je les avais eus. C’est Lily… C’est le chaudron du Diable… C’est la jouissance… C’est ça, qui ne passe pas, qui me donne l’impression d’avoir un cactus au fond de la gorge et de ne pouvoir survivre que grâce à une goutte d’eau qui ne vient toujours pas.

 J'ai tellement aimé cette plongée intime au cœur de l'enquête, tout est vécu de l'intérieur, rendu de façon brute, directe avec les mots familiers de Gordon, chacune de ses émotions nous atteint. Le style vif, alerte, la familiarité du ton, le langage imagé, je me suis sentie tellement proche de lui ...
Sa vie privée est totalement vampirisée par ce meurtre, cette obsession va le rendre parfois incontrôlable, et c'est avec une réelle lucidité qu'il évoque des tentations auxquelles il résiste difficilement....
Cette histoire va finalement le chambouler en profondeur, le questionner  et  les constats sont parfois cruels...

Je n'ai absolument pas vu passer les 500 et quelques pages, c'est un récit prenant qui nous emmène loin dans le temps, dans l'espace (jusqu'en Italie où un gros dossier est ouvert). La narration est particulièrement efficace, elle nous tient en haleine, dissèque avec soin chaque pan de l'histoire et j'ai été plus d'une fois surprise, doutant même parfois de la culpabilité de Solivo 
Les inspecteurs (et surtout Gordon....) font preuve d'une prodigieuse inventivité et d'un acharnement infini...les erreurs, les oublis, les manques, ils ratissent inlassablement le dossier, ressassant chaque infime piste avec en fond le fantôme de Lily qui attend d'être soulagé... et pas une fois, même devant la lenteur des progrès, je ne me suis ennuyée, le pan psychologique des personnages m'a passionnée et tout particulièrement le personnage de Gordon que j'ai trouvé si attachant.. 
Il va loin, très loin, trop loin ....il y perd un peu de son âme mais aussi loin qu'il aille, il est lucide et tous ses excès ne m'ont fait que l'aimer encore plus je crois bien, c'est un homme tellement humain, fait d'ombres et de lumière, un inspecteur impuissant et frustré mais qui jamais n'a renoncé et qui nous livre cruement ses errements...et il ne sort certainement pas indemne de cette éprouvante et interminable enquête.
Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point j’étais triste.
Est-ce que je l’étais déjà avant le meurtre de Lily ? J’essaie de fouiller dans cet avant, mais il y a une vitre dépolie qui m’en sépare. Une vitre de salle de bains.

Quand le 12 novembre est revenu j’ai chanté de nouveau la petite chanson entêtante.
As time…
Sept ans.
Était-il possible que je me sois mis tout ce temps entre parenthèses ?

Une fin judicieuse, une fin qui ne pouvait être autre chose... et j'ai refermé mon livre avec l'envie de poursuivre immédiatement avec le second volet tout en sachant déjà qu'il n'y aurait pas Gordon. ....
Il reste l'ossature principale de ce premier récit, l'atout indiscutable (pour moi) qui a rendu ma lecture aussi captivante et il va cruellement me manquer....
Une formidable lecture !

Ma notation : 4,8/5